dimanche , 28 mai 2017

Le règne du bricolage et des fuites en avant

Selon des sources autorisées, l’ancien site des Abattoirs municipaux qui abrite aujourd’hui un marché à bestiaux, sera bientôt transformé en marché de vente de véhicules d’occasion. Cela permettra explique-t-on, d’éradiquer enfin, le vieux marché informel du quartier de l’Hippodrome et de libérer les artères et les trottoirs, occupés depuis très longtemps par les vendeurs de véhicules. On sait que les habitants riverains de ce marché, n’ont pas cessé depuis bien des années, d’interpeller les responsables locaux pour la délocalisation de cette activité dite informelle. Malgré les multiples actions de protestation des habitants du quartier et en dépit des nombreuses interventions des forces de police, ce marché des véhicules d’occasion connu des Oranais, est resté bien incrusté, devenant même un repère urbain pour les visiteurs d’Oran venant d’autres wilayas. On se souvient pourtant, que le wali d’Oran nouvellement installé, avait publiquement instruit le maire, afin de prendre un arrêté et libérer ce quartier des désagréments, réels ou supposés, causés par le marché. Mais en réalité, la présence de ce genre d’activité qui peu à peu s’enracine sur le tissu urbain, reste liée au grave déficit de gestion et de vision à long terme, de la croissance urbaine dans tous ses registres et ses dimensions. Il y a bien une quinzaine d’années, le marché légal des véhicules d’occasion implanté à El Hamri à côté du stade AHmed Zabana, a été supprimé, sans même avoir été convenablement délocalisé. Plus tard, tandis que la commune d’Oran accusait sans broncher, ce manque à gagner financier, le fameux projet de marché pluri activités a vu le jour à El Kerma. Au côté du marché de gros des fruits et légumes, une grande surface a été aménagée pour installer le marché des vieux véhicules sans aucune étude socio-économique précise et détaillée. Les responsables de l’époque devraient pourtant savoir que ce genre d’activité ne peut être implanté hors de portée d’un public résident dans un grand centre urbain. On sait qu’à l’origine, le premier point de vente des voitures d’occasion, surtout des véhicules neufs et des berlines de grandes marques, se situait au cœur de la ville, juste en face de l’entrée arrière du grand marché Michelet. Déplacé aux limites du tissu urbain, au quartier jadis résidentiel des Castors et de l’Hippodrome, le marché a fonctionné sans grand bruit, jusqu’a ce que les commerçants riverains, pénalisés par le stationnement confisqué, montent au créneau de la contestation. Certes, ce marché n’avait plus sa place, mais en même temps on devrait s’interroger sur la légalité ou la légitimité de tous ces commerces, allant des matériaux de constructions à la ferronnerie, implantés dans cette zone d’habitat résidentiel, jadis calme, propre et entretenue. Vouloir aujourd’hui déplacer le marché de véhicules vers les anciens abattoirs, serait une nouvelle fuite en avant, pouvant générer d’autres problèmes. Les nombreux artisans bouchers de la ville d’Oran, accepteront-ils d’aller plus loin, vers El Karma pour s’approvisionner ? Pourquoi avoir sacrifié l’ancien marché d’El Hamri, pour revenir finalement presque au même endroit, du côté des anciens abattoirs municipaux ? C’est bel et bien, depuis des décennies, le règne du bricolage et des fuites en avant.

Par S.Benali