mercredi , 29 janvier 2020

Le sceau des échecs et des dérives innommables

Après la carcasse en béton de l’ex-Hôtel Château-Neuf qui gangrène le décor urbain depuis plus de quarante ans, c’est aujourd’hui l’édifice inachevé du vieux «Palais des congrès» de Hai Essabah qui s’inscrit au livre des records des retards et des inepties de la capitale de l’Ouest. Évoquant et dénonçant à juste titre ce dossier en instance depuis quarante ans, un confrère avisé de la presse locale, a expliqué il y a deux jours dans son article, que cette infrastructure allait peut-être connaître une reprise des travaux d’achèvement. On se souvient que ce vieux projet, initialement appelé «Palais des congrès», a été mis en veilleuse dès l’achèvement des fondations et de l’ossature en béton, pour permettre semble-t-il, le lancement d’un plus grand projet de réalisation initié par la Sonatrach en prévision du fameux congrès international sur le gaz naturel, le «GNL 16» qui allait se dérouler à Oran en 2010. Un événement, on s’en souvient, inscrit au registre des «grands défis» et des plus grands «exploits» devant, disait-on transformer le statut de la cité et «la placer au rang des plus grandes métropoles du bassin méditerranéen». Mais, c’était encore l’époque où le règne de la corruption et du mensonge d’Etat, allait atteindre un seuil historique jamais égalé. Et à ceux qui ont osé faire remarquer qu’un «Palais des congrès» était déjà en construction à Oran, le chef de l’Etat lui-même, Abdelaziz Bouteflika, de passage à Oran, leur a ordonné «de donner au projet local un autre nom et une autre destination..». Devenu alors, sur instruction verbale, projet de «complexe artistique et culturel», l’infrastructure inachevée, allait du coup, remettre en cause, puis annuler, un autre projet de construction d’un grand centre culturel qui devait être implanté sur le site de la nouvelle cour de justice sur le 3ème périphérique non loin du rond-point El Morchid. Un projet inscrit et dont les études, confiées et payées à un bureau italien, étaient presque achevées avant d’être remisées aux oubliettes bien chargées de l’administration locale. Ce projet de centre culturel a été finalement abandonné, remplacé par une opération d’aménagement et de réhabilitation du vieux «paco», un Palais de la culture qui est loin de mériter son nom. La carcasse de l’ex-Palais des congrès, rebaptisée centre d’activités culturelles et de loisirs, a été il y a quelques années, «camouflée» par une verrière autour de la coupole laissant croire à son achèvement imminent. Mais c’était sans compter sur les inextricables méandres administratives et financières et les conflits persistants entre les acteurs en charge du projet. L’ex-Palais des congrès, tout comme l’ex-Hôtel Château-Neuf, marquera l’histoire urbaine oranaise du sceau de l’échec et des dérives innommables organisées par un système en quête perpétuelle de reconduction. Vivement la rupture et le vrai changement.
Par S.Benali