mardi , 7 avril 2020

Le service public? Un autre sport oblige

On peut croire qu’en temps d’informations électroniques, le service public et la dextérité à répondre au citoyen en souplesse et avec le sourire, soient le plus sûr des viatiques. L’autorité suprême en Algérie, a en tous cas blindé ce champ en investissant lourdement, sans compter, dans le numérique. On peut donc croire encore que ce prodigieux effort de l’Etat et particulièrement du département de l’Intérieur, a éradiqué les vieux comportements de l’homme, le sadisme exprimé d’une composante humaine en face des citoyens confrontés à de simples problèmes d’état civil, par exemple, de paiement de factures, de traitement de dossiers divers, de constructions et de leurs fameux agréments à polémique, d’acquisition réglementaire de biens et de services, bref, toute doléance qui se rapporte à un service public. Ce monde tumultueux nommé «administration» fourmille de recueils historiés de gags, de magie dans les prises de décisions, de stress, de découragements et de manque de confiance à l’égard des nombreux services publics. Aucune autre entité ne sait aussi bien diffuser l’angoisse collective dans la société moderne.
Par la grâce de l’Etat, les dernières technologies sont arrivées pour nous offrir un été indien et, nous extirper des tréfonds de l’immobilisme. Hélas, en dépit de la parabole orientée sur la simplicité et la limpidité, on continue à découvrir avec effroi, que les innocents citoyens coupables de solliciter des éléments d’un service public, sont ballotés entre les errements d’une administration insuffisamment contrôlée et de certains de ses représentants, pas tous heureusement et leur avidité à exprimer leurs «pouvoirs» aux dépends du grand public. Dans ce registre, les exemples et scènes vécues sur le terrain tapissent le quotidien. Entre la Sonelgaz qui coupe, sans tenir compte des circonstances atténuantes de ses abonnés, l’alimentation en gaz et en électricité aussitôt échue la date de paiement, les nombreuses annexes de l’état civil où baigne cette honteuse atmosphère digne des souks à bétails et d’autres services administratifs dont le slogan roi est de «revenir le lendemain», la numérisation chèrement payée par l’Etat, ainsi que le concept du service public enseigné aux cadres et aux commis concernés par campagnes de sensibilisations qui se succèdent entre 2013 et 2015, s’effacent doucement devant les comportements de travailleurs qui imposent la loi des gens aigris.
Ce qui désole dans ce tableau, ce sont ces vieilles habitudes revenues à la hausse qui graîvent l’immense investissement de l’Algérie en faveur des dernières technologies dédiées au service public. Comment apprécier par exemple ce scénario prouvé dans lequel un citoyen qui se présente dans une APC pour déposer un dossier de nouvelle carte grise, se voit répliquer: «nous n’avons pas de formulaire, allez l’acheter à l’extérieur». Un document officiel imprimé sous souveraineté de l’Etat devient un banal article commercialisé dans les kiosques du coin ! Que dire également de ces familles qui débarquent dans leur domicile après une absence et qui ne trouvent ni électricité, ni gaz, par temps de froid ? Dans ces cas de figure qui se généralisent désormais, la société productrice enlève même les compteurs et les fusibles d’alimentation. Imaginez-vous dans cette séquence un jeudi après-midi, voire les deux premiers jours de la semaine, parce qu’il n’est jamais évident que la Sonelgaz vous reconnecte à ses produits aussitôt vos factures honorées. Sous d’autres décors, on ne coupe plus les courants et gaz en période de vacances par exemple, voire pendant un trimestre, à charge au client de payer rapidement avec échéancier si la note est salée. Plus génial encore: les Sonelgaz des nations modernes s’abonnent, se connectent à l’électricité et à l’énergie fossile sans même connaître les sièges et bureaux des entreprises distributrices choisies. La procédure s’effectue par ordinateur, depuis un domicile ou d’un café. La clé de toutes ces prestations d’une autre génération, formater un dossier précis par l’outil informatique, dont le compte en banque et le numéro du RIB, le relevé d’identité bancaire. Assurance maison, entreprises, assurances voitures, se scellent de la même manière. Tout est organisé de manière à ce que le citoyen ne se déplace jamais dans les institutions commerciales compétentes. Une réelle affirmation de la devise planétaire: «l’informatique au service du citoyen».
L’Algérie réussit la mise en place des applications biométriques. Reste à présent le recours à l’internet dans le développement des télés services locaux. Autrement dit, sucrer au maximum la part et la main de l’homme dans ces prestations. A commencer par l’ensemble les services publics dont les collectivités territoriales et ses compétences effectives.
Autre illustration des provocations du service public, l’image effrayante des chaînes interminables où que l’on soit. Avec en prime, la hantise de tous les citoyens, celle de s’entendre dire «revenez demain».

Par Fayçal Haffaf