lundi , 21 janvier 2019

...:
Le sport national: la grande lessive ?

Dans n’importe quel point de la planète, l’histoire du sport est toujours marquée par le fer rouge. C’est pourquoi, Mohamed Hattab, le ministre en charge de ce portefeuille, a très opportunément décidé d’organiser les «Etats généraux du sport». Superbe et surprenant effet d’annonce. Dans le contexte actuel de la pratique sportive, son organisation, son suivi, dans le sport de haut niveau, et celui de l’école en voie de disparition, dans l’accompagnement du sport de masse et de l’élite, dans son financement parfois douloureux, dans les gabegies monétaires du football professionnel impérialiste qui nous interpellent, nous choquent mais qui persistent au vu et au su de toute la société, dans sa réglementation, dans sa gouvernance….Enfin, un ministre va donner un coup de pied dans la fourmilière. Une première dans l’histoire de notre sport. L’actuel pensionnaire du siège du 1er mai écrira un pan d’histoire pour ce secteur. Quelle initiative ! Les 03, 04 et 05 janvier 2019, toutes les crottes du sport national seront exhumées de terre. Particulièrement celles, pestilentielles aux odeurs du football, celui de la démesure, de l’illégalité dans ses dépenses, des détournements et des audaces jamais réprimées. Mais posons d’abord le contexte politique et les raisons de ce monumental dépoussiérage de notre sport. Depuis le retour en force des Etats dans les joutes olympiques et les compétitions régionales toutes disciplines confondues, le premier élan d’un pays est d’affirmer son ascendant sur le nouveau trésor des nations économiquement démunies: le sport.
Le baron de Coubertin avait parfaitement senti le besoin de chaque gouvernant de se frayer un espace dans les affrontements pacifiés et assurément politiques, de la quête des médailles et des titres. L’Algérie n’échappe pas à cette tendance, surtout que depuis notre première présence olympique en 1964, nous avons pris goût à parader parmi les grandes puissances sportives, dans des arènes devenues baromètre géopolitique et diplomatique. Sauf que pour ces revues, c’est la matière première, autrement dit les athlètes qui rehaussent ou non l’image de l’Algérie.
Or, rayonnant jusqu’aux années 90, ce gisement s’est asséché. Depuis, il n’existe pas une seule discipline, notamment dans l’individuel, qui n’ai pas vécu une traversée du désert générée par des facteurs objectifs ainsi que pour des raisons de luttes intestines dans les couloirs des fédérations, d’incompétences, de management primaire et de faiblesse chronique dans la détection permanente de nouveaux talents. Les tassements et les déceptions des performances sportives algériennes dans le concert international, de plus en plus en décalage avec les ambitions et les sacrifices de l’Etat envers les sports de haut niveau se sont enchaînés et remisés dans le silence des institutions concernées, impuissantes et gênées par les résultats tortueux sur tous les fronts du sport d’élite. En dépit des efforts soutenus et répétés du Comité National Olympique et de l’autorité administrative suprême, notre drapeau, notre hymne, nos couleurs s’imposent de moins en moins au regard du monde entier. L’objectif de chaque pays d’exister aux yeux de l’univers par le biais du sport, n’aboutissait plus de notre présence dans les chapiteaux de l’élite sportive internationale. Une halte s’imposait donc pour démêler l’écheveau. L’avant dernier Ministre des sports, le professeur Tahmi Mohamed, y avait pensé. Aujourd’hui, Mohamed Hattab sonne le clairon pour des Etats généraux sur le sport algérien.
A la base, cet espace d’échanges décidé par Mohamed Hattab, vise à «réfléchir pour mieux gérer le sport». Cette thématique me rappelle la formule dessinée dans les airs par le secrétaire d’Etat français aux Sports, Thierry Braillard, à l’inauguration des Etats généraux du Sport de haut niveau, le 3 octobre 2016: «Nous devons transformer l’argent en or avec la génération 2024», avait-il averti. Allusion faite aux jeux olympiques que Paris arbitrera. Les trois jours de conclave autour de notre sport dès l’entame de la nouvelle année participe de cette idée: nous enrichir et nous solidariser autour des Jeux Méditerranéens 2021 d’Oran, en plus de l’assainissement au karcher de notre environnement sportif. Ce rendez-vous s’adresse à tous les acteurs du mouvement sportif nationaux, aux représentants des clubs omnisports, à ceux qui dépravent le football professionnel, aux autres qui gravitent autour du business de la balle ronde, aux associations du sport amateur dans toute sa léthargie, aux élus communaux et aux responsables opérant dans le Cloud du sport, aux militants, s’ils en reste encore, du sport scolaire, du sport féminin, à ceux qui tentent de réanimer les disciplines en perdition. Bref, à tous ceux qui réfléchissent aux enjeux de l’avenir. Et si aujourd’hui, nous ne disposons pas encore des thèmes derrière lesquels s’articuleront les réflexions, ni comment se déroulera ce grand remue méninges, ces assises ne pourront qu’éradiquer les mauvaises graines qui collent au sport pour des intentions belliqueuses ou des intentions délibérément extra sportives.
Sûrement que ces Etats généraux du sport mettront fin aux idées inadéquates. Et poseront les jalons d’une nouvelle ère pour de nouvelles formes de développement du sport. Dans ses versions locales, amateur, professionnelle et internationale.
Par Fayçal Haffaf