mardi , 2 juin 2020

:
L’économie suspendue au verdict du coronavirus

Dans le bréviaire des urgences pour éviter le crash né de cette bouleversante pandémie, le monde entier piétine. La terre tourne au ralenti, l’angoisse règne dans tous les hémisphères et tous les géants de l’économie appréhendent de déposer les clés sous le paillasson. Déjà, 68 pays ont été contraints à la faillite, celle là même qui a définitivement plaqué le groupe Airbus au sol avec ses 55 milliards d’euros de pertes, cette banqueroute qui a forcé Donald Trump à débloquer la somme pharaonique de 4000 milliards de dollars pour que les Etats-Unis n’implosent pas….La planète entière manque d’argent et le coronavirus toujours aussi rampant, s’est juré de la confiner dans la plus écrasante récession depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.
Dans ce registre, l’Algérie n’échappe pas à la règle. Depuis son investiture en décembre 2019, le Président Abdelmadjid Tebboune ne cesse de découvrir les intrigues peu glorieuses de la gestion de l’économie nationale, un héritage truffé de mensonges, de stratégies qui s’enchaînaient dans l’irrationnel et dans les importations inclusives, qui reposaient sur la logique du profit et du détournement, jusqu’à épuisement des réserves énergétiques. Se prolongeant avec l’atomisation de l’économie générée par la chute drastique du prix du pétrole sous l’effet de la pandémie planétaire, le tableau vire au clair-obscur. Jouant de malchance, le chef de l’Etat et son gouvernement se retrouvent face à cette priorité extrême, celle de panser le pays, d’en réorganiser le système sanitaire qui se retrouve soudain moribond, d’en appeler à la conscience des citoyens, de mobiliser le pays. Le développement dans l’égalité annoncé sur le mot d’ordre de l’aménagement du territoire patientera. Plus rien ne répondra à la sensibilité que le coronavirus. Et plus compliqué encore, avec la modicité du budget de l’Etat. Un véritable puzzle.
De nombreuses priorités surgissent dans pareilles situations, chacune d’elles aussi stratégique que les autres. Les pouvoirs publics en avaient dégagé neuf la semaine écoulée mais les experts insistent aujourd’hui sur la plus névralgique, celle de maintenir le pouvoir d’achat des populations. Même si cette tendance coule de source dans pareil contexte, les économistes insistent auprès du gouvernement d’y veiller, non seulement pour des considérations sociales évidentes, mais parallèlement économiques. Mohamed Chérif Mihoubi explique que « le recours à cette pratique assurera l’activité économique et de cause à effets, protègera les transactions commerciales ».
Cette analyste démontre comment, si l’Etat ne dispose pas de toutes les latitudes pour maintenir ce pouvoir d’achats, l’implication des entreprises et des syndicats pourraient contribuer à la préservation du pouvoir d’achats en ces temps d’incertitudes. Certes, notre économie jusque là otage du pétrole qui ne rapporte aujourd’hui que des illusions, puis tenaillée aujourd’hui dans le piège des lourdes circonstances internationales détient des solutions de crise. Et justement, en attendant d’être plus profondément intégrée sur le terrain local et multiplier des partenariats internationaux solides gagnants-gagnants, et sur fond de solidarité nationale exprimée par les dons des hauts fonctionnaires, des chefs d’entreprises algériens du terroir et de l’étranger, le nouveau plan directeur devrait apaiser les tensions.
A commencer par la révision de 30% du budget de fonctionnement de l’Etat. De même, Sonatrach qui flambait à l’international avec ses dépenses et ses charges d’exploitation réduira désormais ce budget de 14 à 7 milliards de dollars. Avec un baril de pétrole vacillant entre 28 et 32 dollars, l’Algérie engrangera 15 milliards de dollars, ce qui aggravera les déficits jumeaux. Tous les experts s’interrogent : que pèse dans la balance commerciale, un Brent dans une fourchette de 28-32 dollars ?
Le pays a débuté l’exercice 2020 avec un niveau de réserves de change d’environ 60 milliards de dollars et c’est là qu’arrive le coronavirus. A savoir, au moment où allaient démarrer les réformes sur le redressement de l’économie. Et comme en dépendent tous les pays touchés par le coronavirus, la suite dépendra du virus.
Par Fayçal Haffaf