jeudi , 12 décembre 2019
<span style='text-decoration: underline;'>Procès du montage automobile et financement de la campagne de Bouteflika</span>:<br><span style='color:red;'>Les accusés tentent de se disculper sans rien assumer</span>
© capture écran vidéo chaîne algérienne

Procès du montage automobile et financement de la campagne de Bouteflika:
Les accusés tentent de se disculper sans rien assumer

C’est un procès hors norme qui s’est ouvert hier, à 10h20 minutes au tribunal de Sidi M’Hamed à Alger

Des accusés pas comme les autres, des avocats en nombre impressionnant et un jeune juge, dont l’âge ne dépasse pas la quarantaine. Le décor, ainsi planté, a donné au tribunal de Sidi M’Hamed des airs sans précédent dans l’histoire du pays. Les accusés, les deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, deux ex-ministres de l’Industrie, une ancienne wali de Tipaza, plusieurs hommes d’affaires, ont comparu l’un après l’autre à la barre et tenté d’expliquer au tribunal leur rôle dans le problématique dossier du montage automobile.
Ahmed Ouyahia a été le premier à être interrogé par le juge. L’homme ne s’est pas laissé faire et a répondu à toutes les questions du juge avec un ton plutôt offensif, arguant que toute cette affaire ne le concernait pas directement. Avant d’en arriver à répondre, Ouyahia a réclamé l’application de l’article 177 de la Constitution. Une demande rejetée par le jeune juge qui a «bombardé» le prévenu par des questions directes et précises. Sur l’ensemble des aspects lié à l’affaire de l’industrie du montage automobile, l’ex-Premier ministre a mis d’abord en avant le fait que cette industrie avait été mise en branle avant son arrivée aux affaires, en 2017. Le cahier des charges, les avantages douaniers et fiscaux et autres passations de marchés, n’avaient pas de secrets pour Ahmed Ouyahia. Ses réponses étaient précises et ce qui clochait, était systématiquement mis sur le compte de Bouchouareb ex-ministre de l’Industrie et des Mines, actuellement en fuite.

Le talon d’Achille d’Ouyahia est sans conteste le fameux compte bancaire à la DBLM Staoueli qu’il reconnaît n’avoir pas déclaré. Plus que cela, ce sont les 30 milliards de centimes qui s’y trouvent que l’ex-chef du RND n’a pu justifier. Il y a également les mouvements financiers entre ce compte et ceux de son épouse et de son fils. Les explications du prévenu étaient assez peu convaincantes, faut-il le souligner. Sur le dossier du montage automobile et sur le financement de la campagne électorale de l’ancien président de la République, l’autre ex-Premier ministre présent à la barre, Abdelmalek Sellal, a été beaucoup moins persuasif. Il a, à plusieurs reprises, botté en touche ou chargé Bouchouareb. Pour Sellal, l’ex-ministre de l’Industrie était seul responsable du cahier des charges dédié au montage de véhicules. Il affirme avoir réclamé son amendement, mais ne l’a pas fait par écrit. L’une des principales questions posée à Sellal, est celle en rapport avec sa prise de participation dans le groupement Mazouz. Pour sa défense, Sellal affirme que le projet de Mazouz a été accordé en 2018, au moment où il n’était pas aux affaires. Là aussi, l’ex-Premier ministre a été assez peu convaincant et l’a été encore moins lorsque la question du 4×4 Land Rover immatriculé en 2017 et qu’il possédait visiblement, sans véritable justification, puisque le véhicule était une propriété de l’Etat. Il indique avoir oublié de rendre le 4×4 à l’Etat après sa fin de mission. Concernant le financement de la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika, l’ex-Premier ministre a nié avoir une main dans les finances et insisté sur le fait qu’il n’avait aucun contrôle sur le trésorier de la campagne, désigné par le candidat lui-même. Cette réponse a été une réplique à la question du juge sur les 38 milliards de centimes versés par Maazouz au comité de campagne de l’ancien président. Outre ces deux premiers accusés de ce procès hors norme, le tribunal a entendu l’ex-ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi.
Ce dernier, n’a pas hésité à défendre son action à la tête du secteur et expliqué chaque action réalisée au moment où il était aux responsabilités. Pour le prévenu, rien de ce qu’il a fait n’est contraire à la loi. De fait, il s’est déclaré innocent de tous les chefs d’accusations retenus contre lui. Pour sa défense, il a patiemment expliqué au juge son rôle dans le montage automobile et insisté sur le fait que les aides étaient accordées selon la réglementation économique en vigueur et étaient destinées aux entreprises, pas aux hommes. Ainsi, pour les facilités accordées au groupe Maazouz et à la SARL Gloviz pour le montage des véhicules de marque «KIA», étaient tout à fait légales. Plus encore, concernant l’extension de l’agrément en 2018/2019, les sept décisions accordées à la SARL Gloviz ont été approuvées par le Conseil national de l’investissement (CNI), a insisté le prévenu. Des trois responsables, Yousfi aura été celui dont le discours est le plus convaincant. L’autre ex-ministre de l’Industrie impliqué dans ce méga-procès, à savoir Mahdjoud Bedda, il a tenté de minimiser son rôle, en mettant en évidence le peu de temps qu’il a passé à la tête du ministère (3 mois) et le fait d’avoir dénoncé le montage automobile en le qualifiant d’importation déguisée. Interrogé sur sa fortune personnelle, son acquisition d’un foncier au cœur du quartier d’El Mouradia, son entreprise d’édition et autres biens, Bedda a tenté de tenir bon et répondre en disant le moins possible, comme sa décision de dissoudre sa maison d’édition à son arrivée aux affaires.
Abdelmalek Zaalan, ex-ministre des Travaux publics, a comparu en sa qualité de directeur de la campagne de Bouteflika. Un poste qu’il dit n’avoir occupé que 9 jours. Mais il n’a pas hésité à donner les noms des contributeurs à la campagne de Bouteflika. A l’heure où nous mettons sous presse, le procès se poursuivait toujours. Nous y reviendrons.

Yahia Bourit