mardi , 7 avril 2020

Les attentes et la colère sourde

Il y a trois jours, au moment même où plus d’une centaine de familles occupant un habitat précaire aux quartiers des Planteurs étaient relogées dans l’une des nouvelles cités construites à Oued Tlélat, d’autres familles dénonçaient leur calvaire face au risque d’effondrement de leur vieille bâtisse située à Kouchet El Djir. Ce quartier, connu depuis des lustres pour ses maisons de fortune érigées tout près d’une ancienne carrière de plâtre, s’est élargi au fil des ans, occupant aujourd’hui une bonne partie du flanc de montagne du Murdjadjo, un espace jadis boisé et protégé, à la lisière du tissu urbain central. Mais contrairement aux habitants du quartier des Planteurs, les occupants du site de Kouchet El Djir n’ont jamais attiré l’attention des grands décideurs de passage à Oran. Il est vrai que «Les Planteurs», une sorte de «réserve de main d’œuvre» créée jadis par les colons, porte tous les stigmates de la misére et de l’exclusion imposée aux «indigènes» de la colonisation. Avec la réalisation du téléphérique survolant la zone pour relier le centre-ville au sommet du Murdjadjo, tous les officiels en visite à Oran depuis plus de trente ans ne pouvaient échapper au panorama de ce grand bidonville historique, installé comme une grande plaie urbaine dans la Capitale oranaise. Et ce n’est qu’à l’arrivée de Bouteflika aux commandes, et sa seconde visite à Oran, qu’une décision fut prise pour éradiquer le bidonville des Planteurs et reloger les quelques 6 000 occupants recensés à l’époque. Aujourd’hui, plus de douze ans après cette instruction, on estime à plus de 10 000 le nombre de familles concernées par le relogement. Tout a été déja dit et écrit sur le lamentable état des lieux marquant depuis toujours la gestion de ces grands dossiers liés à la croissance urbaine. Le laxisme des uns, conjugué aux pratiques mafieuses des prédateurs contrôlant le marché informel des baraques illicites, a fini par générer la spirale incontrôlable des demandeurs de logements par le créneau des bidonvilles. Des douars entiers ont été érigés en ceinture de misère autour d’Oran. Des sites ont été rasés, leurs occupants relogés, puis les baraques ont été à nouveau implantées au même endroit, au mépris des règles et des lois de la République. Avec le lancement du vaste programme présidentiel d’éradication des bidonvilles et de relogement des occupants, les autorités locales ne semblent avoir pour seule obligation de résultat que l’achèvement dans les délais des chantiers de construction de logements et le recasement des familles occupant l’habitat précaire. Une politique de relogement qui, aux yeux de l’opinion locale, ne repose sur aucune logique sociale et urbaine devant dicter les étapes et les priorités à accorder à un site par rapport a un autre. A El Hamri, Sidi El Houari, Derb, Les Planteurs ou Kouchet El Djir… Malgré les efforts de l’Etat, les attentes et la colère sourde sont encore loin d’être calmées.

Par S.Benali