vendredi , 6 décembre 2019

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Les despotes de l’industrie automobile remis en place

A force de remplir sa vie avec du sensationnel à répétition, on l’épuise. Ils se reconnaîtront tous dans cette expression, les hommes d’affaires culottés qui ont trempé dans l’arnaque de la «construction» automobile en Algérie. A commencer par l’ex-ministre de l’industrie et des mines qui a trompé son monde, y compris ses mentors du gouvernement et probablement même de la présidence de la République. Il pensait faire avaler des couleuvres à tout un pays en présentant toute honte bue, l’importation déguisée des véhicules neufs en modèle d’assemblage automobile. A peine s’il n’avait pas fustigé son action avec des envolées du type usine de dernières technologies. C’était le lièvre du groupe Takhout et ses Hyundai qui n’avaient d’Algériens que l’air injecté dans les pneus. Si je reviens aujourd’hui sur le sujet, c’est pour deux raisons. Un, parce que cette escroquerie par rapport au cahier des charges est, depuis l’avènement de Abdelmadjid Tebboune, dénoncée officiellement, enrobée dans un show médiatique édifiant sur les intentions de l’opération. Rappelez-vous, la grande «Kechfa» de Tiaret, pour reprendre le langage du terroir cher à mon ami Slim Mérabtène, n’avait point généré le courroux ou la gêne de l’ex-Premier ministre, lequel depuis une visite de travail à Ghardaïa, qualifiait naïvement que les prototypes de Takhout «répondaient bien aux cahiers de charges». En fait, et les évènements qui ont suivi l’ont prouvé, le sympathique Abdelmalek Sellal cherchait à se libérer de tout ce qui donne un sentiment de honte, d’embarras et de ridicule. Mais à présent que les voiles sont levés par un duo nommé «courage», Abdelmadjid Tebboune et Mahdjoub Beda, le sentiment de ne plus être outrageusement bernés, redore le moral des troupes.
Entre temps, et c’est la seconde raison qui m’inspire cette contribution, le chapiteau de Volkswagen Algérie a livré depuis Relizane ses premiers produits. En grandes pompes, une exposition média comme l’affectionne la société dépositaire de la marque allemande en Algérie, un rendez-vous présenté comme l’évènement économique majeur de l’année 2017. Sauf que les prototypes présentés comme enfants de la production algérienne sentaient fortement l’importation dans toute sa splendeur. Il s’agissait-là encore de bébés automobiles algériens in vitro. Le ministre de l’industrie le savait et le patron de Sovac s’est offert une belle envolée d’objectivité, enfin ! Pour reconnaître qu’il est matériellement impossible de parler d’industrie automobile en Algérie avant une quinzaine d’années. Forcément, tout le monde a compris que les hangars dédiés à l’«industrie automobile» n’assembleront rien qui respire le label national, pas un modique pot d’échappement avant que l’industrie des équipementiers et la sous-traitance ne poussent de notre sol, industriellement asséché dans ce domaine. Les premiers investisseurs dans le soi disant assemblage automobile poussent l’outrecuidance à édifier des immenses ensembles métalliques qui n’ont d’usines que le mot, en employant quelques dizaines de travailleurs.
D’abord, en balayant le monde de l’automobile, je pense sans scepticisme aucun, qu’il n’existera jamais une authentique industrie automobile en Algérie. Ne peut s’en prévaloir qui veut. Car, selon les réalités drastiques et historiques de ce secteur premier générateur de devises dans la planète, bien avant les hydrocarbures et le tourisme, il n’existe, en dehors des concessionnaires, autrement dit des vendeurs, que 5 grandes familles de produits qui monopolisent l’activité automobile. A savoir, les ensembliers ou constructeurs, qui construisent les véhicules par assemblage des pièces détachées fournies par les équipementiers; les équipementiers, qui fabriquent les pièces nécessaires aux véhicules telles que les châssis, les moteurs, les carrosseries, les sièges, les équipements électriques, les pneumatiques; les designers, qui dessinent les nouveaux modèles et les organismes de législation et de contrôle, qui définissent les pratiques autorisées et les pratiques interdites par exemple en matière de sécurité routière et de gestion des véhicules usagés. Partant de ce constat et tels qu’ils s’affichent dans leurs premiers pas, nos candidats assembleurs de voitures ne pourront jamais s’inscrire dans le cercle mondial des fabricants d’automobiles. Ils ne pourraient même se prévaloir du titre d’assembleurs, encore moins de constructeurs automobiles. Les vrais constructeurs automobiles se comptent sur les doigts des deux mains, membres de la très fermée «Triade», appelée également la «Big Three», en référence aux trois pôles leaders de cette industrie, les Etats-Unis, l’Union Européenne et le Japon. Tous devancés par le géant américain Général Motors.
Comparativement donc à la vraie et respectable industrie automobile, ce n’est pas demain que la première économie pourvoyeuse de croissance sur cette terre qui va émerger en Algérie. Si graduellement les importations des véhicules auxquels il ne suffit plus qu’à leur visser les roues vont disparaître, elles continueront à générer une énorme hémorragie de devises pour le pays, deviennent plus coûteuses et assassinent dans l’œuf toute initiative de mise en place des premiers embryons de l’industrie mécanique. Il importe également de rappeler que, chiffre rapporté par l’actuel chef de l’exécutif, 70 milliards de dinars ont été engloutis par la gestion Bouchouareb dans ce secteur. Un autre indicateur donne froid dans le dos, celui avancé par les douanes: 13 milliards de dinars ont échappé au Trésor depuis la filière automobile. Le mal est tellement profond que les pouvoirs publics pensent même à accorder des licences d’importations pour 25.000 voitures. Une décision bizarre, en totale contradiction avec la situation tendue de notre économie. Mahdjoub Beda l’a justifie comme levier éradicateur de la spéculation sur le marché automobile. Ce qui ne convainc pas les experts économiques. De quoi réactiver les regards en direction des lobbies spécialisés, décidément toujours puissants. Enfin, je ne dirais pas qu’interdire le montage automobile dans notre pays nous fera gagner des centaines de milliers d’hectares d’assiettes industrielles, ainsi que des recettes fiscales. Mais on ne peut évoquer une industrie automobile sans d’abord investir dans la fabrication des pièces détachées et accessoires automobiles.
Le bonheur des voitures algériennes clés en mains, passe par mobiliser les moyens de les construire nous-mêmes. Fût-ce à tâtons.

Par Fayçal Haffaf