vendredi , 19 avril 2019

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Les deux baromètres de la crise

L’activation de l’article 102, avec la désignation de Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat, n’a pas fait baisser la tension, bien au contraire. Même son offre qui consiste à laisser l’opposition et la société civile, organiser et surveiller l’élection présidentielle, constitutionnellement fixé dans 90 jours, n’a pas reçu l’accueil escompté. Les Rues de nombreuses villes du pays ont encore une fois vu déferler des dizaines de milliers de manifestants, avec toujours, le même slogan «tous dehors». Ne nous cachons donc pas le soleil avec un tamis, il est quasiment impossible d’organiser une élection présidentielle dans de telles conditions.
Les Algériens sont-ils en train de se tirer une balle dans les pieds et hypothéquer leur sécurité et leur stabilité en accordant du crédit à une revendication qualifiée par le chef d’Etat major de l’ANP d’irréalisable ? En d’autres termes, en confiant leur avenir immédiat à des activistes «romantiques», pour certains et qui mettent en avant des solutions aussi saugrenues les unes que les autres, à l’image de comités populaires, de présidiums et de constituantes, loin de toutes structures étatiques préexistantes, les Algériens ne sont-ils pas en train de refermer sur eux-mêmes le piège du chaos ?
Il n’est pas aisé de répondre à ces questions, tellement les avis sont partagés et les positions divergentes. Ce qui est sûr par contre, c’est l’évolution des revendications de la population. La rue est passée d’un refus du 5e mandat au rejet total et sans négociation aucune du système. Lakhdar Brahimi qui voyait venir le danger, a tenté de tirer la sonnette d’alarme. Il a reçu des critiques acerbes et traité de tous les noms. L’autre certitude après près de 9 semaines de crises institutionnelles, tient dans la situation d’impasse dans laquelle se trouve le pays. La rue et l’opposition refusent les institutions chargées de l’intérim et n’avancent aucune alternative viable. Tout ce qui se dit relève du «bla bla». Tout le monde parle de personnalité consensuelle, mais sans qu’on voit ces personnes pointer le bout de leur nez.
Ces faits sont les véritables baromètres de la crise que vit le pays. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aucun d’eux n’inspire le moindre sentiment de sérénité. Qu’on se lise donc: le pays est sur une pente descendante et en toute réponse, chaque partie accuse l’autre d’en être responsable. Pendant ce temps, c’est l’avenir d’une grande Nation qui se joue à l’aune des hypocrisies et des calculs politiciens étroits.