dimanche , 24 mars 2019

Les dossiers «en instance» de la gouvernance locale

On sait que nos collectivités locales, wilaya et communes, ne fonctionnent encore qu’au registre des dépenses publiques engagées au pas de charge pour assurer leur fonctionnement ou le financement de leurs projets. Oran, bien plus que d’autres APC, a toujours été pénalisée par un grave déficit budgétaire, aggravé notamment par la perte de plusieurs infrastructures qui lui assuraient des recettes importantes. A l’image de l’ancien marché de véhicules d’occasion d’El Hamri, du grand marché de gros des fruits et légumes, les halles centrales de Choupot aujourd’hui démolies et remplacées par un complexe immobilier, du centre équestre d’Es-Sénia, d’un grand nombre d’infrastructures sportives réaffectées à un organisme local défaillant, et de bon nombre d’autres structures culturelles ou récréatives qui ont changé de propriétaire, souvent dans des conditions obscures. Au final, la plus grande commune du pays, en termes de population, est restée victime des incohérences et des inepties d’un système global de gouvernance qui, depuis l’indépendance n’a jamais su, ou voulu, se préoccuper du véritable terrain local ou s’expriment les besoins et les ambitions. Même après les années de plomb, le multipartisme de façade, conduit par les mêmes «ténors» de la scène politicienne, n’a jamais permis une sérieuse mise en œuvre des pratiques d’une démocratie locale digne de ce nom. Bien trop d’agitateurs et d’opportunistes sans envergure intellectuelle, se sont engouffrés sur ce terrain d’expression déserté par les compétences et les véritables élites sociales. Fatalement, comme l’expliquait l’écrivain Victor Hugo, la «foule» allait devenir «l’ennemi du peuple», en le remplaçant souvent dans cet inconscient collectif façonné par des décennies de dérives et de fuites en avant. Après les slogans du socialisme débridé, de l’autogestion et de la Révolution agraire, la Foule d’une autre génération allait prendre la relève pour applaudir au partage de la rente pétrolière et au culte des illusions. Ici et là, et encore plus à Oran, la course à l’acquisition de l’immobilier, du foncier agricole, urbain et industriel, des licences d’importation, et des crédits bancaires allait profiter à un grand nombre d’énergumènes, venus de toutes les régions du pays, qui se sont enrichis grâce au laxisme et à la complicité du système et de ses anciens acteurs installés aux commandes des institutions locales. Et d’un responsable à un autre, l’emploi, le logement, le vieux bâti en ruine, les bidonvilles, les équipements, la santé, l’école, le sport, l’hygiène, l’environnement, la maintenance urbaine, allaient constituer d’éternels dossiers en instance, parfois dits «en cours d’études ou d’amélioration»…

Jusqu’à quand ?

Par S.Benali