mercredi , 28 juin 2017

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Les espoirs d’un côté, les candidats fantômes de l’autre

A l’origine de bien des élections- et au premier chef de celles des temps modernes que nous célébrons depuis le premier scrutin libre de 1993-, se propage le rêve d’une société meilleure, égalitaire. Or, en enchaînant les scrutins les uns après les autres, en remontant sur leurs époques et en témoignant de l’avancée de la démocratie depuis 1999, on se rend compte que par endroits, les législatives ne prêtent qu’aux riches. La richesse des relations et des places engrangées dans le réseau. Sinon, comment expliquer que l’on prenne immuablement les mêmes et que l’on recommence ? Et quel argumentaire convaincrait cette société civile qui découvre qu’une liste de candidats aux couleurs du FLN est pilotée par un jeune de 76 ans ? Certes, les mortels sont égaux et ce n’est point la naissance qui fait la différence. Cependant, l’égalité sans changement vire à la platitude.
Ils se comptent par milliers ceux qui, tous les cinq ans, ne songent qu’à eux-mêmes. Façon de dire à toutes les classes politiques, intellectuelles, académiques et professionnelles que nulle personne autre qu’eux n’offre les qualités intrinsèques et les compétences politiques pour encadrer et sauver la société. Un égoïsme récurrent et maladif propre à toutes les instances législatives du monde. Sauf qu’à la différence avec nos élus qui rempilent sans sourcilier, ceux des systèmes frappés des cumuls de mandats, se battent au quotidien pour ceux qui leur balisent le chemin de l’hémicycle. Ils communiquent perpétuellement avec leurs électeurs, proposent continuellement auprès de leur exécutif des projets structurants et des initiatives de développement et d’animation en direction de leur région. Et surtout, entretiennent le contact avec la population locale, leur prêtant l’oreille au travers des permanences ouvertes aux citoyens afin d’y enregistrer leurs doléances. Quelques encablures derrière et dans le cadre de la coopération inter parlementaire, l’Union européenne proposait à nos députés une aide financière pour justement aménager et équiper des secrétariats de proximité afin de se rapprocher des administrés. Une contribution qui n’a trouvé que très peu d’échos sur le terroir, à l’exception de rares espèces de classe internationale. Cette culture de la communication horizontale, une fois le but atteint, ne figurant pas dans leur lexique politique. Avec l’électorat de base et la rue, le contact ne se limite qu’aux campagnes électorales, lorsqu’intervient l’heure de rappeler le devoir civique à chacun, vecteur de succès et de formalisation des ambitions des candidats. Car, une fois propulsés aux cimes, certains d’entre eux se plaignent de l’égoïsme des autres, sans s’apercevoir des leurs. Une situation cocasse, dont la société s’en accommode, parce que relevant du naturel qui revient d’un épisode à l’autre.
Exemple, ces pratiques que dénonce le professeur de droit public Walid Laggoune, celles de «certains parlementaires qui versent dans l’absentéisme, le nomadisme et le peu d’intérêt pour leur mission». Des «situations qui ont accentué la défiance des citoyens à leur encontre», commente encore le Pr Walid Laggoune. Cependant, éradiquer ces méandres du paysage parlementaire est possible. L’action relève de la démocratie, celle qui consiste à voter en masse, à défier les politiciens récalcitrants et revanchards qui rêvent d’une participation frileuse. Contre cette frange rampante, la réponse passe par les urnes, en s’exprimant fortement et en créditant les candidats qui affichent sincérité, honnêteté, back grounds et enthousiasme à se mettre au service de la Nation, de la société. Et non à ceux connus pour jouir sans entraves des avantages du poste.
On peut regretter néanmoins, que la modernité et la démocratie restaurée depuis 1999, n’aient pas saisi à bras le corps cette occasion électorale pour affronter les erreurs et les errances du passé. Sinon, comment analyser encore qu’une liste d’un parti phare s’ouvre sur un candidat qui frise les 80 piges ? Ou que des affiches arborent, toute honte bue, des noms et prénoms de femmes versées dans la compétition sans leurs photos ? Des femmes fantômes dans les listes, qui l’eurent cru ? Qu’espéraient-t-elles ces candidates ? Les choisir comme députées sans les connaître, sur la base d’un nom et d’un prénom ? Et dans quelle cage loger les associations politiques qui viennent de créer un précédent anti démocratique, fantaisiste, inélégant et irrespectueux dans toute l’histoire mondiale du mode électoral ? Chez les radicaux ? Parmi les fondamentalistes ? Les réducteurs ? Ou les sexistes ? Pensaient-ils vraiment, ces partis, qu’ils allaient cartonner dans ces législatives, avec une pratique aussi bizarre qu’incohérente ? Il importe déjà de les mettre sous les sunlights ces enseignes qui ont touché le summum de la régression: le FFS, l’Union Ennahda-Adala-Binade connotation islamiste, le FNA, le FADLJ, Front algérien pour le développement, la liberté et la justice et le front du Militantisme National, FMN. Pensaient-elles, ces formations signer un raz-de-marée dans l’APN sans même connaître les lois de ce pays ? Car, outre le FFS à qui je dois respect mais qui a dû être entraîné dans une option vouée à l’échec, messieurs les leaders de ces autres satellites, la constitution prévoit bel et bien ce genre de situation, heureusement. Elle l’interdit par son article 32, que les responsables de ces groupes politiques ne connaissent manifestement pas. Tout en ambitionnant crédulement tutoyer la présidence algérienne.
Messieurs, que fait le professeur de philosophie lorsqu’il explique un texte d’Ibn Sinna à ses élèves ? Comment procède un chef d’orchestre quand il dirige une symphonie ? Par quoi commence le médecin en recevant le malade ? En maitrisant le sujet, en interprétant. Car, interpréter est la manière la plus courante pour l’homme politique de produire du sens. Et comme vous avez choisi de nous balader dans des affiches électorales avec des candidates fantômes, c’est que vous êtes à mille lieux de proposer des idées modernes, de rendre une analyse géostratégique pour prémunir le pays des dangers qui nous guettent. Donc, de légiférer au sein d’un parlement, quelle que soit sa composante.

Par Fayçal Haffaf