vendredi , 20 septembre 2019
<span style='text-decoration: underline;'>Les Algériens n’ont pas manqué leur rendez-vous avec les marches du vendredi </span>:<br><span style='color:red;'>Les leçons d’une manifestation</span>

Les Algériens n’ont pas manqué leur rendez-vous avec les marches du vendredi :
Les leçons d’une manifestation

La foule bigarrée du 24e vendredi, n’est pas totalement acquise à pas mal de slogans crié par des «meneurs» de marche. Les Algériens qui disent respecter tous les points de vue, ne se sentent pas obligés d’acquiescer à n’importe quel slogan.

Face à un dispositif policier conséquent, beaucoup de citoyens ont répondu hier, à l’appel du mouvement populaire pour la 24e fois consécutive. Les manifestants n’étaient pas en très grand nombre, mais leurs voix portaient et l’on sentait la détermination et surtout le cœur battant de la Révolution pacifique. Les slogans étaient les mêmes que les semaines précédentes, avec cette fois, une «actualisation» en rapport avec le dernier épisode concernant le dialogue engagé par l’instance nationale de dialogue et la médiation. Les manifestants, «poussés» par des slogans, plutôt trop politiques et montrant une vision assez étriquée de la chose, ont quelque peu suivi la tendance qui veut que l’on refuse tout dialogue, dans les termes présenté par la présidence de l’Etat et le panel conduit par Karim Younes. Mais il a été constaté sur place que la réalité est beaucoup plus complexe. Beaucoup de citoyens interrogés par Ouest Tribune maintiennent leur volonté d’occuper hebdomadairement la rue «pour montrer au pouvoir notre détermination», comme le souligne Sid-Ali, fonctionnaire de son état, mais ne rejoignent pas «certains de ces slogans qui nous mènent droit dans le mur», insiste notre interlocuteur. De fait, la foule bigarrée du 24e vendredi, n’est pas totalement acquise à pas mal de slogans criés par des «meneurs» de marche. Les Algériens qui disent respecter tous les points de vue ne se sentent pas obligés d’acquiescer à n’importe quel slogan. Cela dit, il a été retenu dans la marche d’hier, une réelle volonté de «rester debout, de ne pas fléchir et quelle que soit la fin de cette crise, qu’ils sachent en haut lieu que nous seront toujours là», note Nabila, une jeune retraitée de l’Education nationale. Selon elle, «la grande victoire n’est pas d’avoir un nouveau grand président ou une constituante, mais de sauvegarder la liberté de manifestation pacifique». Pour notre interlocutrice, «il importe peu que le dialogue ne soit pas très réussi, mais il est crucial que tout le monde soit définitivement d’accord sur l’importance des libertés individuelles et collectives. C’est par cet acquis qu’on changera le pays progressivement et pacifiquement». Cette vision clairvoyante, est partagée par plusieurs citoyens rencontrés hier à Alger. La très grande majorité des marcheurs, croisés sur la rue Didouche Mourad, sont surtout demandeurs de possibilité de faire changer les choses par la volonté populaire. Kamel, cadre dans le secteur financier, résume assez bien les attentes des Algériens: «Nous savons que quels que soient les gouvernements qui viendront, il y aura des voleurs et des corrompus. Mais nous voulons avoir les moyens de pouvoir les contrôler et les changer». C’est quelque part cela la leçon du 24e vendredi de la mobilisation populaire, à savoir que l’important n’est pas l’identité du futur président, mais le pouvoir de le changer…
Anissa Mesdouf