vendredi , 21 février 2020

Les Mémoires courtes

En mai 2010, il y a donc plus de sept ans, lors de la tenue d’une imposante réunion ayant regroupé à Oran, les ministres de l’Environnement des 10 pays de la Méditerranée, le wali d’Oran en poste à l’époque, avait fièrement annoncé aux journalistes présents, qu’un «observatoire méditerranéen de l’environnement» serait réalisé et implanté à Sidi El Houari, au niveau de la vieille enceinte de l’ex-hôpital Baudens, abandonné depuis longtemps. Il s’agirait, affirmait le responsable local, de créer, entre autres, «un grand jardin méditerranéen sur une superficie de 40 ha». Ce projet environnemental précisait-il encore, «aurait déjà trouvé des sources de financement à travers la coopération européenne». A l’époque, l’idée, à défaut de réel projet, avait au moins le mérite de placer au cœur du débat, les questions récurrentes liées à l’utilisation rationnelle, de certaines vieilles structures abandonnées depuis des lustres. Des structures inscrites parfois, au patrimoine architectural de la ville ou même classées, au registre des édifices réservés et à protéger. C’est notamment le cas de plusieurs sites, situés au cœur du vieux quartier historique de Sidi El Houari. Cinq ans plus tard, en octobre 2015, après l’idée d’un observatoire de l’environnement et d’un «jardin méditerranéen», avancée par un ancien responsable local, on apprenait, que l’ancien hôpital «Baudens» de Sidi El-Houari fera l’objet d’une «étude de réhabilitation pour sa reconversion en «musée régional». Une étude qui sera, nous disait-on à l’époque, «lancée prochainement par un bureau déjà désigné par la Direction de la culture et qui aurait bénéficié d’une enveloppe de 46 millions de dinars, pour financer la «phase étude» devant durer près de 24 mois. Comment est-on passé en l’espace de cinq ans à peine, d’un projet de «jardin méditerranéen» à celui de «musée régional»? Quelles étaient réellement les motivations, des acteurs-décideurs de ces choix et de ces annonces, aux contours opaques, devant engager surtout de grandes dépenses publiques ? On se souvient que ce projet de «Musée régional» avait été une première fois évoqué, pour un autre site, celui de l’ancien fort de Santa Cruz. On sait également, que depuis ces quinze dernières années, l’ancienne forteresse espagnole et l’ancien hôpital militaire français, ont surtout servi d’alibi, permettant à certains de justifier leur existence et leurs coquettes subventions. Abandonnée depuis cinquante ans, l’ancienne structure médicale, qui relevait du Ministère de la Défense, était jadis un modèle d’hôpital, cité en référence, pour la qualité de ses structures d’accueil et la performance de ses prestations. Aujourd’hui encore, en France et aux Etats-Unis, il existe des praticiens et spécialistes de renom, qui avaient fait leurs classes dans cet établissement et qui témoignent, de la renommée de ce vieil établissement médical, implanté sur un site à nul autre pareil, entre la mer et la montagne. Livrée au pillage des pierres qui ont servi aux constructions illicites, édifiées au fil des ans au pied du Murdjadjo, la structure délabrée devenait encombrante et «inutile», pour bon nombre de responsables successifs, maires élus et walis de passage qui proposaient chacun, leur propre idée de reconversion. Dernière idée en date, suggérée au détour de la visite de Schwarzenegger, président de l’ONG R20 pour le climat, serait d’implanter sur ce site un «Observatoire méditerranéen de l’environnement». Au delà de la sincérité des propos et des engagements, il faut bien admettre, que trop souvent, toutes ces rencontres et réunions, organisées au chevet de la ville, ne peuvent à elles seules, suffire à assainir un état des lieux, gangrené par les dérives, les inepties et la médiocratie de certains acteurs locaux, qui semblent atteints d’amnésie ou avoir la mémoire courte…?
Par S.Benali