vendredi , 21 février 2020

Les «oubliés du développement»

Un journal local rapportait hier que les habitants du bidonville dit «Oued Bastiane», dans la commune de Mers El Kebir, ont adressé une correspondance au wali pour lui demander de «mettre un terme au calvaire qu’ils endurent depuis plusieurs années», en les intégrant dans l’une des opérations de relogement engagées dans le cadre de l’éradication de l’habitat précaire. Le journal précise qu’avant cette lettre de recours au Wali, ces familles auraient organisé plusieurs rassemblements devant la mairie, pour revendiquer un relogement. Il est certes juste et légitime de soumettre aux pouvoirs publics des doléances et des revendications visant à mettre un terme à de désastreuses conditions de vie et d’habitat qui durent, comme ils le prétendent, depuis l’indépendance… Mais pourquoi, trop souvent, des occupants de bidonville ou de sites abandonnés et squattés comme c’est le cas des pavillons de la vieille cité universitaire CUMo à Es- sénia, éprouvent-ils le besoin de travestir la réalité et d’amplifier la durée de leur occupation du bidonville pour accentuer la pression sur les pouvoirs publics en charge de cet épineux dossier. Par ailleurs, on note que très souvent le recours aux journalistes de la presse locale pour médiatiser leur démarche s’inscrit dans une «démarche calculée», ou la menace de contestation par le blocage d’une voie de circulation routière ou le rassemblement devant une institution locale, est à peine voilée. « Les précédentes autorités locales n’ont pas honoré leurs engagements alors que des assurances ont été données pour notre relogement », s’indignent les représentants présumés de ce hameau, qui ajoutent « Nous revendiquons nos droits et nous ne baisserons pas les bras jusqu’à la satisfaction de nos doléances». Pour avoir visité cet endroit il y a plus d’une vingtaine d’année, à l’occasion d’une tournée du Wali de l’époque sur les lieux, le Chroniqueur peut témoigner que la dizaine de familles occupant des maisons rudimentaires construites en cet endroit avant l’indépendance, ont été prises en charge par les autorités locales pour être relogées. Mais les instructions portant sur la démolition et l’aménagement de cette zone enclavée dans le domaine forestier n’ont jamais été prises en charge, ni par la Daïra ni, encore moins, par une Mairie de mers El Kébir absente et défaillante, bien gangrenée à l’époque par la prédation foncière et la corruption. L’un des anciens présidents de cette APC avait d’ailleurs écopé d’une lourde peine d’emprisonnement. Un délabrement de la gestion municipale qui peut sans doute expliquer pourquoi des familles affirment être les oubliés du développement, vivant ici et là dans les mêmes conditions de risques sanitaires et de précarité, depuis…. plus de cinquante ans !

Par S.Benali