mardi , 7 avril 2020

...:
Les Syriens, emprisonnés dans une guerre par procuration

La Syrie sortira-t-elle un jour de la malédiction ? En remontant vers les images torrides et insupportables d’une crise sans fin, ces clichés teintés de sang et de destructions massives dont se nourrissent les médias lourds soucieux des calculs pour la Médiamétrie, on se demande comment et quand, loin de Damas, les enfants pieds nus et les femmes asséchées et burinées par les fumées des explosions des bombes et des roquettes, retrouveraient le sourire. La Syrie aujourd’hui, c’est comme une Mostra vidée de ses vedettes et de son showbiz. Les grands arbres absents, la forêt devient visible.
Les épisodes dans cette effroyable guerre de Syrie s’enchaînent comme s’il s’agissait d’un simple nettoyage au quotidien. Comme dans les contes de Shakespeare, la tragédie de la fière Alep et de ses dépendances géographiques rasées à mort, ne se joue même pas en termes de morale. Aucun des acteurs engagés dans l’éradication de l’ex-joyau du Moyen Orient ne choisit de faire du bien et le mal, car, ils sont là, définitivement inscrits dans un combat mortel soutenu par des troupes dont la majorité n’en comprend même pas le sens. Pourtant, le soi disant ennemi number one de la planète, Daech, a perdu une bataille. Mais le pouvoir laissé vacant par le maitre cède toujours la place aux ambitions. C’est l’histoire de l’oiseau qui enfante un serpent qui le dévore sitôt sorti de sa coquille. En Syrie, les maîtres du monde, ainsi que d’autres puissances de second calibre telles la Turquie et l’Iran, plus les satellites arabes au service des commanditaires militaires ou de l’univers économique, s’entendent pour ne pas quitter le terrain. Sans compassion pour ces enfants habillés de guenilles et ces femmes implorant Dieu que ce carnage cesse, tout en courant entre les ruines, sans s’interroger si les tirs, les obus ou les bombes aériennes viennent des Russes, des Américains, de l’armée pro-Assad, de Jabhat Al Nosra, de Djeich El Fatah ou, dans l’enclave d’Afrin, des Turcs ou des Kurdes.
Jusqu’où ira cette guerre ? Les lectures les plus pessimistes des experts compétents, comme les prévisions les plus audacieuses formulées par les stratèges de politiques étrangères et des intentions militaires se bousculent et s’entrechoquent ? Le monde se perd en conjectures. «La particularité de cette crise», souligne l’un d’eux, est qu’elle a viré en une guerre par procuration».
Allusion à cette juxtaposition de plusieurs guerres à la fois. C’est le cas de l’Iran chiite et de l’Arabie Saoudite qui se livrent à une guerre par procuration en Syrie. L’Iran et son bras armé au Liban, le Hezbollah qui soutien militairement et financièrement le président Hafedh El Assad. Ryad qui réclame la tête du chef alaouite de Damas en utilisant les fractions rebelles sunnites qui augmentent la cacophonie militaire dans cette région. Les populations syriennes ne disposent même plus d’une route de repli pour échapper au carnage. Cette troisième guerre qui oppose les Turcs aux Kurdes et leurs velléités d’autonomie bouchent totalement tous les sentiers d’apaisement et retour au calme pour les Syriens de l’intérieur.
Au cœur de ce drame, les enjeux de cette guerre ne s’érodent nullement. La Syrie aujourd’hui, c’est une piste sur laquelle tous les antagonistes s’adonnent à un numéro d’équilibriste. Dans ce chapiteau, tout est permis, les bombardements des Turcs dans la région frontalière d’Afrin, ceux des Russes sur les forces djihadistes ou les éléments rebelles au régime syrien ou les attaques aériennes américaines sporadiques signifient que cette guerre n’est pas prête à s’estomper. Les rencontres de Munich le mois dernier, attestent que l’écheveau syrien ne se démêlera pas de si tôt. Entre temps, 450.000 Syriens innocents sont morts et 10 millions ont fui la guerre, soit 45% de la population. Au-delà de ce carnage, les Syriens vivotent dans la solitude dans laquelle le monde l’a confiné. Image pathétique que tous les guerriers de la place ne semblent même pas voir.

Par Fayçal Haffaf