mardi , 7 avril 2020

Les tours sans ascenseurs

Une autre opération de relogement de 400 familles du quartier Ras El Aïn a été organisée dimanche dernier, accompagnée comme toujours par les caméras, les discours et les youyous à la gloire des gouvernants… Un communiqué de la wilaya a précisé que cette opération s’inscrit dans un plus vaste programme qui va toucher un total de 2.000 familles. Lancée il y a deux mois le 22 février dernier, cette tranche de relogement a déjà permis de recaser près de 1.250 familles au niveau du pôle urbain à Oued Tlélat. Depuis près de trois années, la wilaya d’Oran connaît un grand élan dans la réception et la distribution de logements. Et sur les ondes de la radio locale El Bahia, on a entendu le directeur de l’office de la promotion et de la gestion immobilière d’Oran, annoncer que plus de 3.000 familles résidant dans des immeubles menaçant ruine au centre-ville d’Oran, seront relogées durant le deuxième semestre de l’année en cours au niveau du pôle urbain de Belgaïd. En plus des 3.000 familles qui seront relogées, il y aura aussi le relogement de 1.100 familles de Oued Tlélat et le relogement de 250 familles de Hassi Mefsoukh. Des dossiers de demandeurs qui précise-t-on, sont actuellement en phase d’études. Mais malgré tous ces efforts considérables de l’Etat, des milliers de familles demandeuses de logements sociaux dans différents quartiers et communes de la wilaya, attendent depuis des années de bénéficier à leur tour, d’un logement. Oui, bien sûr répondent les responsables, mais quand et comment s’interrogent les milliers d’Oranais concernés partageant un petit deux pièces avec parfois des jeunes parents nouvellement mariés… «Quand on sera morts, ils auront un plus d’espace…» ironise un grand-père retraité qui affirme avoir déposé un dossier dans les années 90 et depuis aucune suite, favorable ou non, ne lui a été signifiée. «Nul ne peut nier les efforts consentis par les pouvoirs publics dans la lutte contre l’habitat précaire et la prise en charge des familles qui occupent des immeubles menaçant ruine. Mais nous aussi on répond à tous les critères, toutefois nos demandes n’ont pas été prises en charge depuis des années. Nous aussi nous vivons dans des conditions précaires. Je touche un salaire de 25.000 dinars et je loue un F2 à 15.000 dans la banlieue…». C’est là globalement le contenu des doléances partagées par bon nombre de citoyens oranais, plongés dans la banalité de leur quotidien difficile. Des Oranais qui contemplent, de loin ces opérations de relogement avec au fond du cœur un arrière-goût d’incompréhension, voire de colère et de frustration. Des sentiments résumés par ce résident de la cité HLM/USTO «J’habite cette tour de 13 étages depuis trente ans… Pourquoi l’Etat est capable de construire des milliers de logements et de grands édifices, mais ne peut pas ou ne veut pas nous installer un ascenseur ? Le diable, encore une fois se cache dans les détails.

Par S.Benali