dimanche , 15 décembre 2019

///:
Les Verts et la joie qu’ils procurent

Un lendemain de victoire des Verts est très facile à vivre. Les Algériens n’en n’ont que pour Mahrez et ses camardes. On est visiblement heureux, le temps que s’estompent les images du match emmagasinées dans nos mémoires. Mais, il faut bien le reconnaître, les Algériens aiment se sentir heureux des victoires de leur équipe nationale de foot et ne s’empêchent pas de le crier, même dans les marches les plus sérieuses. Et lorsque ce succès sportif, dont les Algériens de l’émigration ont grandement contribué, intervient à quelques jours de la journée de l’émigration, il y a de quoi être fier du lien qui unit les Algériens d’ici avec ceux de l’autre côté de la Méditerranée.
Tout cela est beau, sauf qu’une victoire en foot ne nourrit pas un peuple. C’est certainement pour cela qu’à l’intérieur du pays, les responsables de partis politiques sillonnent les wilayas de long en large pour apporter «la bonne parole». Les ministres se déplacent aussi beaucoup pour inspecter ou pour inaugurer des projets. Avant-hier, à titre d’exemple, le ministre de l’Habitat a fait des annonces très «optimistes» à partir d’Oran. Les citoyens, les mêmes qui ont manifesté leur joie de la victoire des Verts et qui se trouvent être objet des intentions des premiers et des seconds, vaquent à leurs occupations, en espérant voir leur situation s’améliorer. Les Algérois, les Oranais et les autres citadins attendent l’amélioration du service du transport urbain et la mise en route des extensions des tramways, pour les villes qui en disposent. Ceux des zones montagneuses, non encore équipées en gaz de ville, font leurs provisions de gaz butane et prient Dieu de ne pas revivre le calvaire de l’année dernière.
Bref, avec ces responsables politiques et gouvernementaux, ces riches et ces pauvres, l’Algérie donne l’impression d’être un pays comme les autres. Mais en même temps que tout ce beau monde semble vivre normalement, il y a lieu de rappeler, encore une fois, que cette normalité est fragile. Et pour cause, elle repose sur un socle institutionnel incomplet, avec une grande disparité d’opinion sur ce qu’il faut faire pour rétablir le lien de confiance entre les Algériens et leurs institutions. La prochaine élection présidentielle est un acte politique majeur pour garantir le retour à la légalité qui renforce le socle institutionnel. Mais ce n’est qu’un pas dans la bonne direction. Il faut en faire beaucoup d’autres. En attendant, on compte sur les Verts pour nous redonner de la joie en novembre, lors des matchs de qualification pour la coupe d’Afrique des Nations de 2021.

Par Nabil.G