vendredi , 19 avril 2019

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L’Etat est un long combat

La situation dans le pays n’est pas des meilleures que l’on puisse espérer. Il y a certes, l’extraordinaire conscience nationale et le sens de la citoyenneté dont font preuve les Algériens. Mais tous les bons sentiments ne font pas une Nation. Celle-ci pour émerger et compter dans la région et dans le monde, a besoin d’un Etat. Ce dernier doit être fort démocratique et moderne. Ce triptyque est essentiel pour l’accomplissement du rêve algérien. Mais il faut bien se rendre à l’évidence que c’est également l’aboutissement de longues luttes de plusieurs générations.
Ce n’est pas manquer d’optimisme que de dire que l’actuelle Révolution que réalise avec brio le peuple algérien, n’est pas la finalité de son combat. Il est entendu que quelque soit l’issue de cette étape historique de la vie de la Nation, l’Etat se renforcera certes, mais n’atteindra jamais la plénitude, c’est-à-dire le triptyque évoqué plus haut. Ce qu’a réalisé cette génération est majeur. Ebranler tout un système est un acte qui sera inscrit dans les annales de la République. Mais dans le même temps, il ne faut pas que cette même génération place la barre très haut, jusqu’à vouloir tout de suite et maintenant un Etat démocratique, fort et moderne. Il ne faut absolument commettre l’erreur historique de créer une rupture entre l’Etat et la société, sous prétexte de bonnes intentions. Cette mise en garde ou appelons-la comme on veut, trouve sa raison d’être dans la situation que traverse le pays, ces deux dernières semaines.
Retenons donc que l’Etat, à cause de l’intérim, est très faible. Il ne tient qu’au fil de sa présidence provisoire. Une fois la période légale et constitutionnelle, qui permet à Bensalah d’en être à la barre, dépassée l’Algérie, se retrouvera sans représentation officielle de son Etat. Le risque d’un coup de force militaire ou tout simplement l’effondrement de toute l’architecture administrative est à craindre. De fait, la belle Révolution pacifique aura enfanté un monstre difforme, sans autre ambition que de mourir dans le chaos.
Le propos n’est pas de faire peur aux Algériens, mais de les alerter sur les risques qu’ils encourent, s’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord sur un dénominateur commun et s’entendre d’abord sur un Etat. En clair, il faut absolument réhabiliter l’institution présidentielle, renouveler toutes les institutions élues de la République. L’Etat retrouvera sa force, peut-être pas le caractère démocratique et moderne que l’on souhaiterait. Mais l’important aujourd’hui, est de sauvegarder l’Etat et pour le reste, le combat continue. En tout état de cause, il faut le dire, et insister dessus, la Révolution doit servir et non pas desservir les citoyens.

Par Nabil.G