vendredi , 19 avril 2019

Libérer les volontés et les compétences

Rares, très rares ont été les Ministres de passage à Oran pour une visite dite de travail, qui n’ont pas versé dans les discours populistes, démagogiques et réducteurs servant d’éloges aux tâtonnements et à la médiocrité ambiante. Personne, au sein des gouvernants n’osait dénoncer les dérives et les vagues improvisations érigées en mode de gestion et de prise en charge de la ville d’Oran et de ses ambitions. Évoquant hier le sujet au café des lamentations, l’une des mauvaises langues locales rappelait qu’en 2005, il y a plus de dix ans, que M Benachenhou, le Ministre des finances de l’époque en visite à Oran, aurait été sévèrement «grondé» par sa hiérarchie pour avoir publiquement affirmé que «la capitale de l’Ouest accuse un retard dans tous les domaines». Un constat et une vérité qui ne plaisaient sans doute pas aux gardiens du temple de l’autoritarisme et de la langue de bois.
Certains anciens «planificateurs» du développement national, et présumés «organisateurs» du partage de la rente pétrolière, avaient en effet condamné Oran à l’immobilisme et à la régression, ne voyant en elle qu’un luxurieux terrain de récréation et de prédation foncière. Quelques rares personnalités, à l’image de l’ancien Ministre de la Justice, Mahi-bahi Abdelhamid, qui évoquaient les catastrophes sociales et urbaines amplifiées par la démographie et l’exode rurale croissant, ont eu le courage de dénoncer, il y a longtemps, le système de prédation et de confiscation du pouvoir aujourd’hui enfin décrié et rejeté par toute la population. Parlant de ces déjà anciens ministres, en visite de chantier à travers la wilaya qui ponctuaient leurs phrases par les éloges et les remerciements à un Président de la République malade et absent, les mauvaises langues locales ne s’empêchaient pas de ricaner, tout en se demandant pourquoi de tels comportements indécents où l’allégeance, la flatterie et la soumission semblaient être une règle, une consigne dictée par les gouvernants.
A Oran, sans doute un peu plus qu’ailleurs, l’ampleur des retards et des déficits cumulés dans tous les domaines, du logement à l’emploi, en passant par le vieux bâti, le transport, la maintenance urbaine et bien d’autres dossiers, ne pouvaient que renforcer les politiques palliatives visant à répondre aux seules urgences de la pression sociale, tout en ignorant l’avenir de la Ville. Aujourd’hui, heureusement, les données ont changé. Ce qui contribuera, on l’espére, à libérer les volontés, l’intelligence, et les compétences installées au chevet des grandes collectivités locales.

Par S.Benali