jeudi , 21 novembre 2019

Entre les voitures de 3 ou 5 ans:
L’important c’est d’oublier les gestions irresponsables

Parfois, réalisme politico-économique et sentiments se conjuguent. Parfois, froisser le consommateur pour ne pas verser dans des décisions aux conséquences néfastes, relève de la maestria. Parfois, des architectes de la gouvernance excellent dans l’art de l’artifice vrai. Plus qu’un cas de conscience, voici un dilemme politique que cette décision à prendre sur l’importation des véhicules de moins de 3 ans, voire de 5 !!!!
Au sein de l’exécutif comme dans les murs de l’APN, les avis divergent. Le projet de Loi des Finances 2020 acquiesce aux vœux des citoyens, presque tous dans l’attente d’accéder à un véhicule vieux de 3 à 5 piges. Avec l’ancienne pègre de la «construction» automobile audacieusement diligentée par Abdesselam Bouchouareb, l’arnaqueur au col blanc, ce vœu était étouffé dans l’œuf. L’ancien ministre de l’industrie et des mines, renvoyait d’un revers de mains toute possibilité de transférer des voitures anciennes sur le territoire. On découvrira plus tard la raison, celle qui consistait à protéger et profiter de la fameuse «industrie automobile» quadrillée par ses partenaires-revendeurs de produits entièrement fabriqués dans les chaînes maisons à l’étranger, puis revendus ici sous le label «Made in Algéria». Aujourd’hui, une fois les escrocs en ligne dans les prisons, l’alternative du véhicule d’occasion remonte à la surface. Cependant, avec des risques de gestion de ce nouveau parc qui prendra inévitablement de l’envergure.
Deux questions s’invitent dans ce dossier. En premier chef, est-il réaliste d’ouvrir nos frontières aux vieilleries de 5 ans et dont les institutions compétentes ne connaîtront jamais leur véritable état? Si la réglementation en vigueur stipule que les motorisations importées individuellement alimentées en diesel sont strictement interdites. Allusion faite à la sournoise nuisance de ce carburant appelé à disparaître graduellement dans tous les marchés européens.
L’initiative algérienne en ce sens, cadre parfaitement avec les soucis d’émanations de carbone, le seul ennemi commun de toute la planète. Au cours des trois prochaines années, aucun véhicule diésel ne roulera dans les pays développés. Ceux-ci, et particulièrement la France, seront ravis d’exfiltrer leurs carcasses de 5 ans vers l’Algérie. Aussi, pour éviter que notre pays se transforme en un cimetière de voitures, l’option de grossir la toile de nos tacots par l’acquisition des véhicules étrangers immatriculés dans les années 2013-2014 est à bannir.
En second lieu, il serait judicieux de s’interroger sur les motivations de l’Organisation Algérienne pour la Protection et l’Orientation du Consommateur, l’APOCE, lorsqu’elle préconise d’augmenter l’âge des véhicules d’occasion importés, soit jusqu’à 5 ans. Certes, sa préoccupation se rapporte aux consommateurs qui ne disposeraient pas du budget adéquat pour se permettre l’achat d’une voiture de 3 ans. Autant cette position est noble, autant elle se démarque de la prospective de la gestion du parc automobile national, notamment dans ses rubriques de pièces détachées, de vieillissement rapide de l’environnement automobile, de pollution et de déchets mécaniques. Aussi, même si le projet de Loi des Finances 2020 repose, attendant les élections présidentielles, plus sur une vision conjoncturelle que stratégique, son chapitre sur l’importation retrouvée des véhicules de moins de 3 ans paraît plus logique et, avec le temps, moins dangereux que ce que souhaite l’APOCE. D’autant plus que la consommation globale de carburants connaît une régulière augmentation, d’un cycle à l’autre.
Au premier trimestre 2019, elle s’élevait à 3,5 millions de tonnes, en hausse de 5% comparativement à la même période de 2018. Par contre, si en volume et courant 2017 nos importations en carburant se sont élevées à 2,96 millions de tonnes, en valeur, elles ont épousé une tendance baissière appréciable de 37,4% l’année suivante. La Sonatrach a annoncé que la facture d’importation des carburants en 2018, s’est encore amenuisée de 73% entre 2018 et 2019. Si nous faisons référence à ces statistiques, c’est bien pour comprendre rappeler que l’âge du parc automobile de l’Algérie a rajeuni. Et que par conséquent, il n’est pas rationnel de verser dans l’importation d’anciens et de peu rassurants véhicules de 5 ans. Le vrai défi par contre, c’est de se tourner vers les perspectives technologiques, écologiques. Celles des voitures hybrides, économiques. Ecologiques.
Pour l’heure, on se permettra de rêver. Il importe d’abord de nous extirper des deux crises politique et économique, pour définitivement oublier les gestions passées irresponsables.
Par Fayçal Haffaf