jeudi , 23 novembre 2017

L’Université vers le bas, au creux de la vague

Les maîtres assistants de la faculté de Médecine d’Oran, sont en grève et boycottent même la surveillance des examens. Ils réclament tout simplement le paiement de leurs salaires bloqués disent-ils, depuis huit mois par l’administration universitaire. Un troisième sit-in a été organisé avant-hier, à la faculté par les hospitalo-universitaires dans l’espoir de voir enfin un règlement de leur situation. Une situation, nous dit-on, qui n’a jamais été connue dans cette faculté de médecine oranaise, jusqu’ici réputée pour la rigueur et le sérieux de sa direction et de son encadrement. Une faculté de médecine qui a traversé, il y a quelques temps, une grande crise de crédibilité suite à l’affaire des « Bacs falsifiés », mais qui est restée malgré tout l’une des plus prisée en termes de qualité d’enseignement et de savoir-faire pédagogique. Malheureusement, ces récents « couacs », voire ces dérives dans la gestion des salaires et indemnités des enseignants, ne peuvent qu’aggraver le pessimisme ambiant poussant bon nombre de spécialistes diplômés en médecine à déserter les lieux pour tenter de gagner d’autres horizons. On sait que des centaines de maîtres assistants dans toutes les disciplines médicales, cardiologues, réanimateurs, ophtalmologues et autres chirurgiens, ont quitté le sol algérien après avoir été formés et pris en charge par leur pays durant de longues années. Peut-on aujourd’hui les blâmer ou leur en vouloir face à ce triste état des lieux de l’Université algérienne ? Comment comprendre et expliquer que des médecins enseignants puissent rester sans salaires depuis plus de huit mois ? Bureaucratie ? Incompétence? Laxisme ? Ou bien plus grave peut-être, une volonté de porter atteinte à la crédibilité de l’institution pour on ne sait quelles raisons politico-médiatiques ? Sans faire dans la théorie du complot, déjà largement partagée par des élites politiques, on peut en effet bien admettre que certaines « crises », créées et nourries par des acteurs identifiables au sein de l’Ecole et de l’Université, poussent à la provocation et à la colère d’une bonne partie de la population. Mais à cela s’ajoute aussi le manque de vision et les politiques d’improvisation menée par des responsables nommés et installés au gré des convenances et de la cooptation. Ce n’est certainement pas parce que l’on a été choisi une première fois pour diriger un centre de recherche ou une université que l’on serait le mieux habilité à gérer tout un secteur. En réalité, avec du recul, on se rend bien compte, notamment à partir d’Oran, comment se fabrique les carrières de certains acteurs, sans envergure, devenus de « hauts fonctionnaires » de pacotille sans pouvoir de décisions… La « crise » des salaires des maîtres assistants de la faculté de médecine d’Oran illustre, on ne peut mieux, les dysfonctionnements chroniques d’un secteur universitaire en éternelle régression. Beaucoup ici se demandent, à juste titre, pourquoi les premiers responsables du secteur  n’ont pas pu intervenir franchement et directement pour débloquer la situation ? Les enseignants chercheurs concernés, avaient par ailleurs adressé à la tutelle plusieurs correspondances demandant une commission d’enquête sur l’usage qui a été fait du budget de 11,7 milliards de centimes, débloqués début décembre dernier. Pourquoi n’a-t-il pas servi à régler les salaires impayés des Maîtres assistants ? Il y a certes des explications avancées par l’administration qui se réfugie toujours derrière des règles financières et détails à respecter… Une lourdeur bureaucratique qui tire l’Université vers le bas, au creux de la vague qui la noie.

Par S.Benali