vendredi , 15 décembre 2017

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Macron-Trump: La guerre froide ?

C’est l’aliment de base du tout puissant Donald Trump: se démarquer totalement des autres dirigeants du monde. Jusqu’à quelle température son égo et son caractère imprévisible fonderont-ils ? Personne n’osera répondre à cette interrogation qui hante l’univers politique en entier. Même ses proches et ses intimes ne doivent pas savoir les limites de ses inspirations. Entre le génie et l’inexpérience dont le qualifiaient les médias américains qu’il affectionne particulièrement, le patron de la plus grande puissance planétaire, n’en déplaise Kim Jonk-Un, s’est fendu d’un discours «agressif» au cours de la toute «première» du nouveau locataire des Nations Unies, l’ancien chef du gouvernement portugais Antonio Guterres. Tout l’univers l’attendait à son baptême new yorkais et en fin limier, il aura répondu par une autre extravagante partition. Dans laquelle il méprisera encore l’accord de Paris 2015 sur le climat, menacera sans aucune équivoque de détruire la Corée du Nord, traitera l’accord sur le nucléaire validé par Barack Obama de «pire et de plus biaisée transaction dans laquelle les Etats-Unis aient trempé», qualifiant les Iraniens de «criminels». Des idées, plus forts encore, des effets d’annonce à forte connotation guerrière qui choquèrent diplomates, experts et médias. Manifestement formé désormais aux jeux de scène, Trump jongle avec le ton le plus grave et le sourire de la communication institutionnelle, pour par exemple évoquer le surnom de «Rocket Man» dont il affuble désormais le chef d’Etat nord coréen.
Ce n’est pas pour rien que le philosophe Jacques Besse écrivait que «la folie était proche du génie». Donald Trump n’affiche bien sûr pas les chromosomes d’un allumé, loin de là, mais les entreprises développées dans la tribune de New York heurtent tous les esprits, exception faite des Israéliens dont la petite délégation l’a longuement applaudi. Car, l’ovation, c’est le président français qui se l’est appropriée. En s’opposant point par point aux attitudes du pensionnaire de la Maison Blanche, Emmanuel Macron a créé le premier choc des discours enregistré dans l’hémicycle de l’ONU. L’inédit dans cette histoire, c’est que c’est la première fois que deux alliés historiques s’opposent totalement sur les dossiers stratégiques de l’heure. Sur l’Iran, le climat, la Corée du Nord, l’émigration et plus encore les Rohingyas et la Syrie, le premier discours du jeune président français aura marqué le coup et les esprits. Une intervention engagée sur toutes les questions sensibles qui fracturent les ventricules d’un cœur malade appelé le MONDE. Aux propos guerriers de Trump, il propose un nouveau concept de négociations, celui du «multilatérisme». Il cible les oubliés, ces anonymes morts-vivants abandonnés sur les fronts de toutes les crises de la planète terre. Macron visait les cordes sensibles en affirmant «avoir entendu la voix d’Ousmane, de Kouané, de Jules» qui expriment pour lui les crises qui émaillent le monde. Terrorisme, migration, famine, carbonisation de la terre, catastrophes naturelles, Emmanuel Macron s’est évertué à démontrer que les privilégiés et les oubliés sont irrémédiablement liés face aux tragédies qui s’enchaînent aux quatre coins de la terre. Il a soutenu que l’ONU demeurait une enceinte pertinente, quand Donald Trump la qualifiait d’un cadre où les gens aiment s’y rencontrer, s’offrent du bon temps et dépensent beaucoup d’argent pour rien. Macron s’est illustré par un remarquable plaidoyer sur l’action collective sous l’enseigne de l’ONU. «Sinon, conclut-il, c’est la loi du plus fort qui l’emportera». Enfin, profitant de l’aubaine onusienne, le président français osa exprimer son souhait de lancer un groupe de contact sur la Syrie.
Inaccoutumée, tranchant avec ses précédentes éditions, cette assemblée générale s’est transformée en un spectaculaire duel à la tribune, entre Macron et Trump. Le Français a pris ses distances avec l’Américain, ce qui n’était jamais arrivé dans ce chapiteau. Trump, lui, ne désarme pas. Il n’entrouvre même pas un trou de souris en direction de l’accord sur le climat. «Un programme qui sera appliqué et jamais renégocié», a souvent répété Emmanuel Macron à New York. Entre les attitudes hermétiques des USA et les positions d’ouvertures et de dialogue de la France sur l’ensemble des crises internationales, une première guerre froide entre alliés ne vient-elle pas de naître ?

Par Fayçal Haffaf