samedi , 25 mai 2019

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MAHJOUBI AYACHE: LE MIRACLE N’A PAS EU LIEU

Il arrive souvent que l’on attende en vain. Dans le cas de ce jeune homme de 31 ans mort enseveli dans un puits artésien après cinq jours de tentatives pour le secourir, l’attente aura été terrible, levant continuellement la tête vers le ciel durant cinq jours pour communiquer avec les éléments de la Protection civile, implorant Dieu de le sortir de ce qui deviendra finalement sa tombe, de son vivant.
Savait-il au moins que toute la willaya de M’Sila dans ce qu’elle recèle comme populations, autorités et moyens logistiques, était tendue vers lui, scrutant sa silhouette et mesurant son souffle, de jour comme de nuit ? Sentait-il que l’Algérie entière était agrippée à son sort ? Tous les esprits focalisés sur Mahjoubi Ayache, jamais, mobilisation n’aura été aussi soutenue autour d’un cas d’accident domestique. Et si des centaines de citoyens convergeaient quotidiennement vers le puits de la malédiction situé dans la localité agricole d’El Houamed, cette affaire a tenu en haleine l’ensemble de l’opinion publique de l’Algérie. Avec, au fur et à mesure que le temps s’écoulait pour extirper Ayache de son piège, la colère qui enflait, la peur qui s’étalait et le doute qui s’instaurait.
Aujourd’hui, c’est toute l’Algérie qui pleure Mahjoubi. La population est d’autant plus bouleversée que les informations communiquées quotidiennement par la Protection civile abondaient dans le sens d’un dénouement heureux.
Le lundi 24 décembre, le directeur de l’information et des statistiques à la Direction Générale de la Protection Civile rassurait le pays: «les derniers travaux d’épuisement d’eau permettent de dire que le corps sera extrait aujourd’hui. Car, il ne subsiste que 2 mètres sur les 30 de profondeur du puits…». Le lendemain mardi, celui qui devait célébrer son 31ème printemps en 2019, ne donnait plus signe de vie. Et les questions commençaient à fuser.
Dans sa destinée, un homo sapiens peut disparaître pour une négligence, une erreur médicale, une maladroite manipulation. La famille de Mahjoubi Ayache l’aura su à ses dépens. Si la Protection Civile se défend de toute maladresse dans ses efforts de sauver Ayache, la douleur partagée dans les quatre coins du pays, ne sera jamais effacée par les explications techniques et objectives des représentants de cette institution. Celle-ci réfute toute défaillance, répétant que «tous les protocoles et délais d’interventions avaient été respectés». Dans cette atmosphère ou la stupeur embue les regards  et dans laquelle la douleur domine la logique, personne ne croira qu’il était impossible de sauver l’enfant du terroir. Comme il sera difficile dans ces temps où le doute habite tous les esprits, de convaincre la population lorsque le colonel Achour maintient que «l’opération de sauvetage n’a pas échoué». Par contre, il aura raison de préciser «qu’il s’agit-là d’un cas unique, une situation d’exception», celle de ne pas réussir durant 5 jours à remonter du puits un homme qui aura vainement attendu. On comprend qu’il est bien de saigner de l’orgueil de temps en temps. La vie préconise la prudence.
Cette douloureuse séquence intervenant après le sauvetage des 13 jeunes thaïlandais repêchés après 10 jours de leur piège troglodyte, a jeté un sentiment d’incompréhension. Bien sûr, il pourrait paraître incongru qu’on se compare à des spéléologues ou à des archéologues comme dans l’extravagant conte des thaïlandais. Surtout qu’il est vrai: ces experts avaient réussi un miracle. Et en live. Celui de M’Sila n’a pas eu lieu.
Par Fayçal Haffaf