dimanche , 24 mars 2019

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Mais pourquoi donc Donald Trump et ses complices s’en prennent au Venezuela ?

N’y a-t-il, pour Donald Trump, que les pays les plus fragiles ou les plus démunis pour entretenir la soif de nuire et l’appétit carnivore de dominer son monde ? Après avoir soumis la Palestine au joug sioniste, tenté d’affamer l’Iran, et clouer la Corée du Nord au pilori, le président de la première puissance mondiale, souhaiterait bien croquer le Venezuela. Il s’agit d’un vieux rêve yankee, datant de la fameuse «Doctrine Monroe», édictée en 1823 par le président de l’époque, James Monroe. Il avait contraint ses pairs à la formule «Aux européens le Vieux Continent, à l’Amérique, le Nouveau Monde». Même s’il est parfois bon temps de perdre la mémoire, tous les chefs d’Etats américains ont versé dans cette trajectoire. Une douloureuse dramatique pour le Venezuela qui a le mérite d’être le dernier représentant du Bolivarisme. Il incarnait, et de loin, le plus riche pays de l’Amérique du Sud, dont du reste, ont largement profité les USA, lorsque dans les années 80, ils disposaient de concessions énormes sur les champs pétroliers vénézuéliens et s’étaient imposés en premiers acheteurs de l’or noir du pays.
Arrive Hugo Chavès. En nationalisant les hydrocarbures pour légitimement dédier leurs recettes à de gigantesques programmes sociaux, le disciple de Che Guevara transformait totalement la République bolivarienne en une puissance économique. D’abord, il baissa le rideau sur le monopole américain dans son exclusivité sur le pétrole vénézuélien, et surtout, vis-à-vis des Américains, il poussa le culot d’inviter les Chinois et les Russes à exploiter les incroyables gisements de son pétrole en direction de sa Nation.
Mais Hugo Chavès décédait en 2013, sans avoir eu le temps de parachever son œuvre de développement. Au titre de Vice-président, Hugo Maduro, son fils spirituel, lui succède, au moment de l’effondrement des prix de pétrole. Le nouveau chef de l’Etat qui ne jouissait ni du charisme de son prédécesseur, encore moins de l’aura et de l’expérience des figures révolutionnaires de l’Amérique Latine, n’a jamais su juguler les conséquences de la chute libre des recettes énergétiques de l’Etat. Il ouvrit une brèche à l’opposition politique locale traditionnellement au service des Américains. L’occasion de poser les prémices d’une déstabilisation projetée dans la perspective de l’après Hugo Chavès. L’arbre planté par le défunt président, n’a pu résister aux vents des projets établis pendant la récupération des richesses énergétiques du pays. Les programmes de développement implosent, les étals se vident, les produits de première nécessité manquent, 600.000 personnes s’exilent dans un temps record et, à tort ou à raison, Maduro est tenu responsable de cette chute libre et  incontrôlée. En 2017, l’inflation atteint la barre de 2617%, un seuil jamais vécu dans le monde. En mars de la même année, la crise explose, la cour suprême s’attribue les régimes exécutif, législatif et judiciaire. Et c’est devant le déclin de popularité d’Hugo Maduro, entre 24 et 27% en 2017, que Donald Trump encourage le prétentieux chef du parlement Juan Guadio à s’autoproclamer Président de la République du Venezuela. Les Européens abondent dans ce sens, ne reconnaissent plus Maduro et se fondent dans l’invective. Un appui direct au chef suprême des Etats-Unis pour brandir son jouet politique, son arme fétiche, celle des sanctions économiques envers le Venezuela, assorties d’une intervention militaire. Le package habituel complet.
Mais pourquoi donc Donald Trump interfère et entraine derrière lui  ses homologues européens dans la vie politique vénézuélienne ? Les analystes sud américains, exhibent les passerelles stratégiques dressées entre la situation actuelle du Venezuela et les élections présidentielles américaines de 2020. Un réservoir électoral énorme de dissidents et d’immigrés vénézuéliens existerait aux Etats-Unis, une carte intéressante pour le futur candidat Donald Trump. Les réfugiés vénézuéliens et cubains dépasseraient le demi million de personnes, dont 80% se concentreraient en Floride. Pour l’ancien homme d’affaires, leader de l’immobilier dans le pays de l’oncle Sam, rapporte un expert, «être ferme avec Hugo Maduro et l’éjecter du pouvoir, c’est l’assurance d’une succès story pour l’investiture suprême américaine de 2020».
D’ailleurs, dans cet esprit, les médias américains abondent dans les reportages subjectifs sur le Venezuela. Des couvertures intéressantes de la situation politique et sociale, mais qui respirent un parti pris redoutable. Un lien entre les visées expansionnistes de Washington sur les richesses naturelles d’un pays, des fictions d’une cécité totale pour soi disant détecter le danger comme celui du Venezuela, de la Palestine, de l’Iran ou de la Corée du Nord par exemple.
Entre temps, depuis le 23 janvier 2019, le Venezuela dispose de deux présidents. Un intrus constitutionnel sponsorisé par l’Occident. Et un second, le premier, qui a le tort d’être assis sur les plus gigantesques champs pétroliers du monde.
Par Fayçal Haffaf