jeudi , 12 décembre 2019

Marasme, suspicions… et climat délétère

Tous les walis qui se sont succédé à Oran depuis ces dix dernières années, ont chacun opté pour une démarche de suivi du programme de développement local qu’ils estiment la mieux adaptée aux objectifs et aux spécificités du terrain oranais. On se souvient de Tahar Sekrane qui préférait envoyer sur le terrain une équipe de fonctionnaires discrets, accompagnés par un photographe, qui lui rendait compte quotidiennement de l’état des lieux des sites et des opérations visitées. Boudiaf, le wali devenu ministre de la Santé, organisait chaque semaine une tournée à travers les communes, traînant derrière lui une cohorte de responsables et de journalistes, et n’hésitant pas à chaque étape, de monter au créneau des gesticulations et des discours tapageurs sur de grands projets inscrits au présumé registre de la «modernisation d’Oran». Son successeur, Abdelghani Zaalane, avait lui aussi privilégié les visites de chantiers, organisées en cortège réduit, en compagnie des seuls acteurs concernés.
Bien plus sincère et pragmatique que son prédécesseur Abdelghani Zaalane, semblait maîtriser une communication verbale et «comportementale» lui permettant, il faut le dire, de séduire les médias et une grande partie de l’opinion locale. Son successeur, Mouloud Chérifi, qui est parti en guerre contre le manque d’hygiène et l’insalubrité du cadre urbain, n’allait visiter les sites et les projets en cours qu’en fonction d’un calendrier établi par une cellule de suivi des «points noirs» qui étaient approximativement recensés. Mais jamais les tares et les carences qui défigurent des cités d’habitat et des quartiers, n’ont été réellement cernées et prises en charge. Pointant souvent du doigt les dérives et les inepties qu’il venait «d’hériter» et de découvrir, l’ancien Wali, que l’on disait «très mal entouré», allait vite être «piégé» et affaibli par les acteurs hostiles au changement et à toute volonté d’assainissement des sphères de gestion des affaires locales. En poste à Oran depuis seulement quelques semaines, l’actuel Wali, Abdelkader Djellaoui, semble déjà conquérir la réputation d’un «Wali de proximité», applaudi lui aussi par les médias locaux pour ses visites inopinées à travers les communes et ses tournées «en solo» à travers les rues et les quartiers touchés par la clochardisation avancée. Selon un confrère, le Wali aurait lui-même «découvert» à Ras El Ain, un début de chantier d’une construction illicite aussitôt signalée et rasée.
Ces visites inopinées auraient permis au wali de débusquer pas mal d’anomalies et de carences dans la gestion des affaires locales à travers les communes. Mais selon des observateurs avertis, cette «culture du secret» portée par ces inspections inopinées, risque à terme, d’accentuer le marasme, la suspicion et le climat délétère qui règne depuis longtemps dans les sphères de l’administration…

Par S.Benali