mardi , 23 juillet 2019

...:
Ministère de l’Education – Syndicats: Conflits sociaux ou compétition politique ?

L’identité personnelle et collective des syndicats algériens de l’Education se traduit par des comportements primaires, ceux du ventre et de la contestation permanente. Devenues chroniques, les menaces de grève à répétition ne surprennent plus. A peine une page tournée, les meneurs cogitent la suivante, histoire de maintenir l’épée de Damoclès sur le pensionnaire de service. Qui a fait roi les partenaires sociaux de l’école ? On ne le saura jamais. En plus, tenter de comprendre les marécages de ce secteur vous ramène à l’irrémédiable conclusion:» c’est la faute des prédécesseurs».
Que vise donc la grève nationale du 21 janvier décrétée par la Coordination des Syndicats de l’Education ? En première lecture, remettre sur la table les revendications sur la promulgation du statut particulier en hibernation depuis trois ans. Une requête logique, incontestable mais présentée comme lièvre derrière lequel s’incrustent de nombreuses exigences matérielles sur lesquelles Nouria Benghabrit ne dispose d’aucune liberté de manœuvre. Les réclamations sans cesse répétées par le sulfureux front des six syndicats, dépendent depuis la nuit des temps du gouvernement. Toutes les parties le savent, y compris l’opinion publique, sauf que les portes du dialogue s’arrêtent au siège de la tutelle à El Mouradia. D’où la conflictualité cultivée depuis toujours par les syndicats envers les ministres de l’Education qui se succèdent sur le sempiternel fond de méfiance et d’impuissance des deux côtés des partenaires sociaux.
N’empêche, on reprend les mêmes et on recommence. Avec pour le 21 janvier courant un décor que syndicats radicaux annoncent plutôt colorés: des sit-in sur les perrons de toutes les directions de l’académie du pays le 22 de ce mois, plus une journée de consultations et d’échanges sur les perspectives le 24 janvier. Etat des lieux oblige, ce regroupement peut se muer en un capharnaüm. Car, l’Algérie n’est pas en mesure d’augmenter les salaires. Cette réalité que seuls les partenaires sociaux font semblant de ne pas comprendre. Le gouvernement Ouyahia sait bien qu’en relevant les pouvoirs d’achats pour la seule communauté de l’Education, tous les représentants des autres secteurs s’engageront dans la contestation. Si la situation socio-économique du citoyen n’est pas reluisante, la sauvegarde des intérêts du pays interpelle les consciences pour réagir d’un sentiment moral et patriote afin de préserver les équilibres macro-économiques. Cela dit, les syndicats de l’Education se focalisent-ils seulement sur des considérations matérielles ? Les grèves en boucle qui jalonnent l’histoire de l’Education en Algérie, ont exhumé des intentions politiques derrière les actions de certains syndicats. Cette règle se retrouve dans toutes les sociétés du monde et l’Algérie n’échappe pas à la tendance. Tout conflit charrie des intentions inavouées et celles de notre secteur se dissimulent maladroitement par les revendications habituelles des partenaires sociaux. L’intérêt des élèves n’a jamais constitué la priorité dans les initiatives contestataires de nos syndicats. Depuis qu’il existe, le ministère dialogue sans cesse avec ces derniers, qui eux, font un autre job, et pas toujours pour le compte des élèves. Quant au temple de l’Education, affaibli d’une année à l’autre par les offensives des syndicats, il vire vers l’image d’un mammouth malade.
D’autre part, les conflits ritualisés entre le département de l’Education et les syndicats, donnent l’impression de s’éloigner du partenariat social. Quand les acteurs ne s’entendent plus, ces face-à-face deviennent une compétition politique. Et c’est ce qu’attendent des formations politiques de l’opposition, ou d’autres intervenants à partir de l’étranger qui nous guettent et nous veulent du mal.
Alors que nos enfants ont plus besoin de modèles que de chahut, chacun se mobilise de son côté. Dans tous les cas, les relations instables et fissurées entre le ministère de l’Education et ses partenaires, diffusent aujourd’hui plus que jamais, un sentiment de malaise. Et d’appréhension. Surtout parce que nous n’avons jamais vu les syndicats concernés s’émouvoir du niveau de l’école, perpétuellement en chute libre.

Par Fayçal Haffaf