vendredi , 28 juillet 2017

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Mossoul et Raqua ne signifient pas la fin de Daech

De l’interminable solitude les préparant à la mort, ce qu’il reste des habitants de Mossoul, retrouvent l’air libre depuis le début de cette semaine. Ils découvrent le dénuement complet, le paysage lunaire façonné par le conquérant Daech pour faire sécher le sang des innocents et ensevelir les corps des femmes et enfants rendus chair à canons pour les djihadistes. L’AFP précisait mi-juin, que 100.000 personnes avaient été empêchées de fuir, puis rassemblées afin de constituer un bouclier humain. Beaucoup d’entre elles ont péri sous les explosions des raids aériens des Etats-Unis. Une bataille gigantesque vient de s’achever, mais pas la guerre contre l’Etat islamique qui, machiavéliquement cultive l’amalgame sur l’élimination de son géniteur Abubakr El Baghdadi. La reprise de Mossoul aura coûté cher. Une facture en pertes humaines et matérielles inestimable, inquantifiable, car, l’ensemble des acteurs militaires politiques et civils de ce front, affichent aujourd’hui, leur incapacité à dresser un premier bilan. Certains parlent de 7.000 habitants emportés par ce carnage et de 700.000 déplacés sur une population de 1,5 million d’âmes. D’autres sources avancent 2.000 civils emportés par la conflagration. Mais jusqu’à présent, ni le gouvernement irakien, encore moins la coalition ne chiffrent les décédés et les blessés. Surtout pas les alliés qui auront battu le record des bavures depuis le ciel, en bombardant tout ce qui leur paraissait louche. Finalement, l’info la plus fiable concerne le coût terrible concédé par l’armée irakienne: sur la route de Mossoul, elle a laissé 40% de ses troupes.
Brutalisée et dévastée dans ses entrailles, Mossoul passe à présent à l’expertise des dégâts incommensurables. D’abord, elle découvre un charnier dans lequel avaient été jetés des centaines de corps exécutés par les courageux soldats de l’EI qui se sont rappelés aux techniques du nazisme et de l’occupant français lors de notre guerre de libération. C’est avec ce procédé macabre que Daech comptait envahir la péninsule arabe, le Maghreb et l’Andalousie. Celui de Badouch, une prison proche de Mossoul, avait été documenté dès 2015. Il s’agissait d’une prise d’assaut du centre punitif rapportée par Human Right Watch, puis confirmée par l’ONU qui ajoutait que plus de 600 hommes avaient été criblés de balles, puis jetés dans une fosse commune. Une découverte de milices paramilitaires irakiennes, Hachd Al-Chaabi, d’obédience chiite et soutenues par l’Iran. Plus poignant encore, les combats pour libérer Mossoul du joug de l’EI, ont révélé ce que l’imaginaire humain n’aurait jamais admis, même durant la cruelle deuxième guerre mondiale: une cinquantaine de fosses communes avaient été répertoriées au printemps 2016 à Hammam Al-Allil au sud de Mossoul, ainsi qu’à Khafsa, une localité située à 10 km de la seconde ville de l’Irak. S’y entassaient le chiffre incroyable de 4.000 corps en pleine décomposition. Les troupes de Daech se pavanaient sûrement avec ces hauts faits d’armes. Hitler n’aurait pas mieux réussi.
Reste aussi le sinistre paysage qui s’offre aux libérateurs irakiens et kurdes ainsi qu’aux habitants de la région de Mossoul sortis de leurs trous de souris après neufs mois de ténèbres, sans eau ni nourriture. En l’an 395, Attila disait «Là où mon cheval passe, l’herbe ne pousse plus». La transhumance de Daech, s’inspire en droite ligne de cette phrase guerrière devenue proverbe célèbre. Sur son parcours, l’EI a rasé tout ce qui respirait: civilisations, vestiges, cultures et coutumes. La destruction féroce du minaret de la mosquée Al Nouri de Mossoul érigée au 12ème siècle, avait été fracassée. Les belligérants avaient accusé les Américains de l’avoir bombardée, avant que les images de sa destruction ne prouvent scientifiquement que ce joyau de l’ère islamique a été dynamité de l’intérieur. A partir de ce mausolée emblématique irakien où s’était proclamé «Calife», Abou Bakr Al-Baghdadi, ordonnait de raser tous les vestiges et patrimoines préislamiques, chiites et chrétiens. Le tombeau de Jonas à Mossoul, plus connu sous le nom de Nabi Younes, la mythique bibliothèque de Mossoul et ses milliers de livres uniques dans l’univers culturel, la grandiose Palmyre en Syrie, notamment son arc de triomphe, l’antique enceinte de Hatra dans la province de Ninive, une architecture orientale classée au patrimoine de l’Unesco, quelques trésors de la Mésopotamie datant du 13ème siècle avant Jésus Christ sont taillés par les meuleuses et les marteaux. Un gâchis qu’aucune guerre de l’histoire de l’humanité n’avait commis. Comme quoi, le génocide culturel se lit aussi au présent, dans le bréviaire des actions de Daech.
Finalement, l’histoire de l’EI pourrait inspirer cette catégorie de films qui suscitent un intérêt planétaire, d’autant plus grande qu’il s’agira d’une œuvre spectaculaire. Tous les reportages, les témoignages, les images de cette guerre, les attentats et leurs conséquences feront d’un film sur «l’épopée» de Daech un chef d’œuvre. Un peu comme «Le Roi Lear» de Kurosawa, voire «Ran et son double», de Chris Marker qui ont tous deux utilisé la tragédie humaine en leçon de morale.
En attendant, la guerre contre Daech est loin d’être achevée. Ce n’est pas les reconquêtes de Mossoul et de Raqqua qui vont suspendre les crises dans la région et les systèmes bâtis sur des fondations confessionnelles. Même pas la reconstruction de Mossoul. Laquelle exige déjà un budget de 1 milliard de dollars. Rien que ça, en période de disette et d’un baril de pétrole à 48 dollars.
On croise les doigts.

Par Fayçal Haffaf