lundi , 21 octobre 2019

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Mouad Bouchareb… chronique d’une fonction usurpée

Tout comme les serrures appellent les voleurs, le pouvoir politique magnétise les hommes et les femmes prêts à tout. Le président démissionnaire de l’APN, Mouad Bouchareb s’est bien agité dans cette enseigne du pouvoir qu’il avait décidé de dompter… prêt à tout.
Jeune député depuis 2007, puis réélu en 2012 et 2017, le natif de AÏn Oulmane enchainait les promotions politiques sous les couleurs du FLN au point où ses ambitions atteignent la démesure, motorisées par un sulfureux cocktail d’avidité et de relations de proximité avec le système d’alors. Jaillissant des bosquets à l’automne 2018, il succède à l’atypique Djamel Ould Abbès le 26 novembre 2018, son premier trône qui allait lui faire perdre le bon sens et l’intelligence. Lauréat d’une licence de littérature en arabe à l’université Ferhat Abbès de Sétif, Mouad Bouchareb s’est certainement inspiré de Karl Max : « toute classe qui aspire à la domination doit d’abord conquérir le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt personnel comme étant l’intérêt général », avait démontré l’idéologue allemand. Et c’est ainsi qu’il a fait de son ascension vers le perchoir un objectif de commando. Un véritable groupe d’assaut pour déloger l’historique SaÏd Bouhadja du fauteuil suprême de l’APN, dans des conditions rocambolesques proches d’une série cinématographique mafieuse jamais orchestrée en Algérie.
Le triomphe de Bouchareb demeurera comme une tâche de sang dans le mouchoir de soie de la Constitution. Bien sûr, ce n’était pas la première fois qu’elle était piétinée, sauf que dans cette malheureuse séquence la grossièreté de la manœuvre avait terni l’image de nos institutions, jusqu’au niveau international. La décision subite de l’ex majorité présidentielle composée du FLN, du RCD, le TAJ et le MPA d’éjecter SaÏd Bouhadja de la Chambre Basse et pour des raisons jusque là confuses aurait été encouragée par l’ancien 1er ministre Ahmed Ouyahia, puisque lui-même avait interpellé le 6 octobre 2018 le président de 80 ans à céder le perchoir. Sans sourcilier. Ce soutien « divin » explique tous les dépassements opérés sans pudeur pour jeter SaÏd Bouhadja dans la rue. Lorsque le 17 octobre 2018, des députés de la majorité l’avaient empêché de rejoindre son bureau en le scellant avec un cadenas, le travail d’Hercule de Bouchareb et de ses compagnons a transformé la noble institution parlementaire en un atelier chinois de piètre goût. Dans lequel les stratèges en mal de pouvoir ont pu créer une situation de « Vacance de pouvoir ».
Pourtant, la presse qui couvrait ces péripéties décrivait que « discret et pondéré, Bouchareb n’avait pas réellement émergé comme figure de proue de l’Assemblée Nationale, en dépit de ses 11 ans de présence ». Propulsé sous les feux de la rampe, vêtu du costume de troisième personnage de l’Etat, ce véritable conte de fée livrait une fois de plus, comment la légitimité du terrain l’emporte trop fréquemment sur la légitimité des lois. Un phénomène de mode à l’époque. En politique comme en religion, le rêve des fanatiques fut toujours de marcher sans pitié sur la société qui ne pense pas comme eux. Qu’importe, la mission avait réussi. Sans jamais savoir si elle était compatible avec les lois de la République.
Pourtant, « personne n’a besoin d’une formation de juriste pour y répondre » avait précisé Fatiha Benabbou, constitutionnaliste, chercheuse et Professeur de droit à l’université d’Alger. L’experte avait qualifié « la révocation de SaÏd Bouhadja d’anticonstitutionnelle, démontrant que la fameuse incapacité prêtée à Bouhadja afin de l’éliminer repose sur l’état dans lequel se trouve une personne impossible de se déplacer, qui se trouve dans une situation de léthargie ou encore de paralysie grave. En plus, ce n’est pas à un bureau de constater cette incapacité, mais des médecins assermentés », conclue la Pr Fatiha Benabbou. L’histoire reviendra forcément sur cette escale d’un passage en force à ce jour inexpliqué au sein de l’APN.
Mais en bon rameur, Bouchareb s’était rapidement empressé d’exprimer ses attentions et ses égards aux soldats du Hirak. A l’évidence, ce coup de bluff n’a pas abouti. Visé par la contestation pacifique, symbole d’une ère honnie par le peuple algérien, l’homme assoiffé de pouvoir et spécialiste des énigmes à répétitions a fini par comprendre. S’il ne commande plus maintenant, il n’obéit déjà plus.
Par Fayçal Haffaf