vendredi , 15 décembre 2017

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Neymar, le nouveau porte-drapeau du Qatar?

Feu vert pour désormais scinder en deux, l’élite footballistique européenne. Le transfert astronomique de Neymar vers le Paris St Germain enfonce le fossé entre un cercle réduit de mammouths financiers inattaquables et les autres clubs. Ceux dont le rôle consistera éternellement à produire des talents pour leurs maîtres, d’animer des championnats et de donner le change de temps à autres pour assurer la pérennité des compétitions. Le PSG, ce club du Qatar, vient de défoncer les limites jusque-là impensables des rêves fous pour pénétrer, écraser les salons cossus des enseignes historiques de la balle ronde en Europe. Avec l’acquisition de Neymar et ses retombées médiatiques exponentielles, la capitale universelle de la culture, du tourisme et des arts, s’impose aujourd’hui comme la vitrine politique du Qatar. En ces temps de scepticisme et d’inconnues sur l’échiquier de ses relations avec le monde arabe, les Etats-Unis et l’Europe, touchée par l’embargo imposé par ses frères ennemis du Golfe, Doha s’est cousue grâce au PSG qu’elle finance un costume d’apparat dans les relations internationales. Le PSG motorisé par Nacer El Khalaifi, est devenu son lièvre diplomatique, au moins, un vecteur de communication. En attendant l’organisation de la coupe du monde 2022, attribuée à la surprise générale et dans des conditions théâtrales par d’anciens corrompus de la FIFA aujourd’hui poursuivis par les justices, ou simplement honnis par toutes les places fortes du sport roi.
C’était déjà dans l’air depuis longtemps: le Qatar désirait pénétrer à travers le PSG, sa société sportive, marketing et économique, l’empire qui écrase outrageusement la planète foot par les milliards des thunes qu’elle brasse à l’infini. Avec l’incroyable enveloppe de 222 millions d’euros déposée sur la table du Barça, il rejoint les écuries inflexibles à toutes les crises ou attaques économiques. Cet évènement écrase tous les records suspendus au bréviaire des mouvements de stars entre les plus prestigieux clubs de l’histoire du football. Il atteint le niveau de la démesure, parce que ce seuil de 222 millions d’euros demeurait imprévisible, inimaginable.
Le passage du français Paul Pogba de la Juventus vers Manchester United en 2016, sur la base de 105 millions d’euros, avait été taxé d’irréel. Déjà, avec cette transaction, les experts de l’économie sportive estimaient que cette barre ne pouvait jamais plus être égalée. Mais avec une fabuleuse tête d’affiche nommée Neymar, 25 printemps et de la progression à n’en plus finir, Nacer El Khalaifi a compris que le PSG pouvait conquérir le globe. Et par conséquent, rehausser l’enseigne du Qatar. Parce que la démesure calculée de l’opération, garantirait la rentabilité politique des bailleurs de fonds qataris. Sauf qu’à moyens termes, cette tendance à dépenser outrageusement pour apprivoiser l’arène footballistique, se transformera en arme fatale pour le développement en horizontal du sport roi de performance.
Dans ce film Neymar, les donneurs d’ordre s’apparentent bien au consumérisme tueur des clubs de football ne disposant pas des moyens homériques du PSG et d’autres monstres sacrés perpétuellement en quête de flamboyance. Déjà, calfeutré autour d’une dizaine de formations se succédant sur les podiums de la planète, les moyennes cylindrées footballistiques se résoudront aux rangs de sparring partenaires, de spectateurs à rêver de budgets mirifiques qu’ils ne mobiliseront jamais. Il s’agit d’un génocide qui se lit déjà depuis longtemps. Mais que l’argent du Qatar inoculé dans les caisses du PSG accélérerait lentement mais sûrement. Des budgets 10 fois supérieurs pour un club par rapport à ses concurrents d’une même division alimentent une bulle qui, fatalement et à tout moment, explosera à la face des fédérations. Surtout que ce fameux fair play financier si cher à l’UEFA, ne constitue plus l’épée de Damoclès qui pesait sur les grosses turbines footballistiques, tellement riches qu’elles enfreignaient souvent les règles de l’équilibre financier imposé par l’ancien directoire de l’UEFA et ses sanctions qui avaient refroidi le Barça, le Réal de Madrid et l’Atlético. Ces balises semblent être remisées dans les caves depuis le renvoi de Michel Platini qui incarnait le plus ardent défenseur de ce système. A présent, beaucoup de présidents de clubs, en France et dans tout le vieux Continent, se sont exprimés sur le sujet. S’interrogeant sur la réelle portée de ce fair play financier qui ne se déclencherait qu’à la figure des vitrines qui ne figurent pas dans les réseaux intimes de l’UEFA.
L’arrivée de Neymar à Paris, se rapproche de la politique fiction. Défiance ou action chirurgicalement mijotée ? En tous les cas, la FIFPRO, le syndicat international des joueurs professionnels, a interpellé vendredi dernier la commission européenne à enquêter sur les sommes engagées pour le transfert de Neymar au PSG. Il s’agit de remonter sur le flux d’argent via les indemnités de la transaction au sein du territoire européen, afin de comprendre leur impact sur l’équilibre compétitif dans cet espace. Les règles de transfert approuvées en 2001 par l’UE ont-elles été bafouées par les 222 millions d’euros payés cash, le salaire mensuel de 30 millions et les diverses primes qui entre divers acteurs de l’opération excèdent les 130 millions d’euros ?
L’affaire Neymar, la bonne affaire marketing, publicitaire et sportive bien sûr pour Paris et son club phare, ainsi que l’intelligente exposition politique du Qatar ne finira pas de parler d’elle. C’est Zlatan Ibrahimovic, arrivé à Paris comme un roi en 2014 qui doit avoir les boules de voir la star brésilienne accueillie comme un Dieu sur le perron de la tour Eiffel.

Par Fayçal Haffaf