lundi , 17 décembre 2018

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Notre pétrole: Entre richesse ou fatalité

Finalement, le pétrole pour l’Algérie est-il une richesse ou un fardeau dormant ? Ce don de Dieu a porté notre pays dans le club des nantis. Il nous a extirpé du sous développement, placé dans l’apogée des Nations les plus enviées et préservé des tiraillements et des inégalités sociales. Sauf que nous l’avons exploité à mort, et naïvement réduit au statut de seul et unique fusible de construction et de croissance. D’une génération à l’autre, les gouvernants ne se sont jamais véritablement départis de l’hypocrisie de «l’après pétrole», ce grand saut confiné dans un slogan vide, puisque depuis les années 70, le pétrole n’a jamais cessé de jongler avec le chaud et le froid, dans une fresque épique qui constitue le décor central de l’économie nationale. Les fréquentes fontes des prix de l’or noir disparaissent des esprits dès le retour à l’opulence. La dégringolade de cette semaine illustre parfaitement cette ambiance lue comme depuis des décades comme une fatalité. Rien n’a changé depuis trente ans: les décideurs se félicitent des pics positifs des prix, puis font le dos rond lorsque en période de tempête. En attendant l’éclaircie.
On se rappellera toujours du tout premier choc pétrolier qui a défini les stratégies algériennes de développement, mais sans regarder dans les rétroviseurs. En octobre 1973, le quasi-monopole de l’OPEP sur le marché, lui permet d’augmenter de 70% le prix du baril brut, tout en réduisant la production de ses membres de 5 à 25% par mois. Inutile de revenir sur les répercutions des économies importatrices, car, chômage et inflations allaient atteindre l’insupportable avec le second choc de l’histoire du pétrole en 1979, lorsqu’en raison de la Révolution iranienne, le baril signait son premier record tarifaire en tutoyant les 127 dollars. S’ensuivit un troisième tourbillon en 2008, bref comme une tempête, qui projeta les prix à 147 dollars, avant que ceux-ci ne s’enfoncent à 40 en 2009. L’Algérie qui vit au gré de ce phénomène de chocs et de contre chocs pétroliers, n’a jamais su se libérer de la dépendance des hydrocarbures, même avec le très sérieux avertissement de l’été 1986, une cruelle période durant laquelle notre or, se proposait à 27 dollars!
Tous ces méandres ne sont pas arrivés à façonner une économie indépendante de notre richesse divine. D’un exécutif à l’autre, ce n’est pas faute d’y avoir tenté, d’y penser continuellement, mais sans jamais se désengluer concrètement du pétrole. Et simplement parce que les alternatives n’arrivent pas à éclore. Les colossales rentrées de devises durant l’éclaircie des années 2000, se sont aujourd’hui érodées, combien même l’embellie de 2018 aura freiné leur effritement. L’actuelle dégringolade des prix suscite de nouveau la hantise d’une courbe vertigineuse. Le baril qui flirtait avec les 80 dollars en octobre et début novembre courant, vient de céder 7,01%, pour se difficilement s’acheter à 62,11 dollars. Ce repli vertigineux découle de la chute des indices de Wall Street, lesquels annoncent, selon des experts «un ralentissement considérable de la croissance mondiale», synonyme de baisse fulgurante de besoins en énergie.
Autres éléments essentiels de cette phase noire sur les marchés du pétrole, des opérateurs phares de l’industrie pétrolière, Arabie Saoudite et Russie en particulier, ont terriblement forcé sur leurs extractions. Dans le monde entier, l’offre dépasse aujourd’hui largement les demandes. Donald Trump ne serait pas étranger à cette situation, gonflant jusqu’à déborder les stocks américains, en guise de défi aux membres de l’OPEP qui avaient réussi à faire rebondir les prix courant 2018. La confusion règne, les perspectives du marché sont bouchées et pour l’Algérie, la panique se propage dans les esprits des décideurs compétents.
Car, même si la loi des finances 2019 est dressée sur un baril de pétrole de 50 dollars, la hausse des crédits à l’économie, exige de fortes rentrées d’argent. Celles-ci, dépendent à 98% des exportations en hydrocarbures, un rappel froid sur les réalités cruelles de notre économie otage de l’or noir. En dépit des intentions officielles exprimées chaque année et de nombreux efforts tentés sur le terrain de la diversité des exportations, à l’évidence, cet aspect de la dépendance règle la vie géopolitique et économique du pays. Si les tendances aux chutes des prix de pétrole se poursuivent, entre la diminution des recettes fiscales, de la fonte des recettes de l’Etat et le creusement du déficit budgétaire, les temps seront compliqués.
Finalement, en termes de richesses naturelles, tout ce que l’on possède finit par vous glisser des doigts. Un peu plus à chaque mauvaise conjoncture. Même si l’on aura fait de sa politique et de son développement et de ses choix une propriété éternelle.
Par Fayçal Haffaf