samedi , 4 avril 2020

Nouvelles zones d’habitat: Futurs «Ghettos»?

En visite à Oran après plus de trente ans d’absence, un architecte algérien installé au Canada, était époustouflé à la découverte des nouvelles extensions urbaines et des nombreux chantiers en cours à travers la wilaya. Surpris, et ravi de découvrir le quartier El Akid, l’Hôtel Méridien, le Centre des conventions et prolongement du tissu urbain vers l’Est, l’urbaniste oranais exilé, aujourd’hui en retraite, a eu néanmoins, une petite larme à l’œil en pensant à la vieille petite ferme et au splendide verger qu’exploitait son père ici-même dans les années 60. Un peu loin, en allant vers Belgaid, les yeux de l’expert se sont arrêtés sur une petite construction en parpaing, un début d’excroissance sauvage et illicite ayant sans doute échappé à la vigilance des autorités communales. «Comment les autorités, et les riverains, peuvent admettre cette occupation du foncier par des mansardes hideuses ?…». Il fallait donc le «remettre à jour» et lui expliquer l’état des lieux, les contraintes et les paradoxes qui pèsent encore lourdement sur la gestion du tissu et de la croissance urbaine. En sortant d’Oran pour aller à Mascara, notre ami invité, a voulu traverser la petite bourgade de Oued Tlélat. Mais en découvrant le nouveau paysage de cette zone truffée d’immeubles des nouvelles cités d’habitat, l’urbaniste est resté sans voix, incapable sans doute d’exprimer sa stupeur et son désarroi. Il faut admettre qu’avec bientôt près de 20 000 nouveaux logements réalisés sur ce site urbain d’Oued Tlélat, en majorité des logements de recasement d’occupants de bidonvilles rasés ou de vieux bâtis à risque d’effondrement, toute cette zone proche de la grande métropole oranaise risque à terme de poser des problèmes inextricables dans tous les domaines de la vie sociale et collective. Les habitants des nombreux nouveaux immeubles sont ici pratiquement enclavés, et le centre-ville de Oued-Tlélat semble lui-même étranglé par l’encombrement ahurissant de la circulation sur la voie d’accès reliant Oued Tlélat à Oran. Il semble pourtant, qu’un projet de réalisation d’un accès au nouveau pôle urbain directement à partir de l’autoroute Est-ouest, a été étudié et finalisé il y a trois ans. Mais c’est, comme toujours, sans compter sur les pesanteurs bureaucratiques et le manque de pertinence dans l’ordre de programmation des différents projets. La politique menée au pas de charge pour l’éradication de l’Habitat précaire, a conduit aujourd’hui, à la multiplication de nouvelles zones d’habitat dépourvues d’infrastructures de base, sociales, culturelles, sportives et administratives permettant d’éviter la «ghettoïsation» et les fléaux connus, propres aux cités dortoirs déjà nombreuses à Oran…
Par S.Benali