mercredi , 11 décembre 2019
<span style='text-decoration: underline;'>Mohamed Loukal </span>:<br><span style='color:red;'>«Passer de l’aide sociale généralisée à l’aide ciblée réduira largement le déficit budgétaire» </span>

Mohamed Loukal :
«Passer de l’aide sociale généralisée à l’aide ciblée réduira largement le déficit budgétaire» 

La réforme de l’aide sociale en passant de l’aide généralisée à l’aide ciblée visant exclusivement les catégories vulnérables, contribuera largement à réduire le déficit budgétaire.

C’est ce qu’a affirmé jeudi dernier le ministre des Finances Mohamed Loukal, à l’APN, lors de sa réponse aux questions des députés concernant le PLF 2020. Le ministre, qui a rappelé que l’Etat a recouru à l’aide technique de la Banque mondiale (BM) pour définir les meilleurs mécanismes à adopter dans cette réforme «à court terme», a souligné que la réforme des transferts «est une opération longue, compliquée et sensible sur les plans économique et social, nécessitant une méthode globale de réforme et un examen rigoureux pour définir ses répercussions sur les citoyens». L’Etat affecte annuellement près de 1800 milliards de DA de transferts sociaux directs et le même montant de transferts implicites.
«Le déficit du budget de l’Etat avoisine les 1500 milliards de DA/an et si nous réduisons le montant de l’aide directe et indirecte de moitié, nous pouvons facilement combler ce déficit», a-t-il dit. Evoquant le financement non conventionnel, le ministre des Finances a réaffirmé que ce financement gelé depuis mai dernier jusqu’à la fin de l’année 2020, demeure en vigueur et il est possible d’y recourir le cas échéant». Sur un total de 6.556,2 milliards de DA alloués à la fin de janvier 2019 dans le cadre de ce financement, un montant global de 5.945,5 milliards de DA a été injecté dans l’économie jusqu’à la fin de septembre. Le ministre a indiqué que ce financement non conventionnel constitue une dette à long terme pour le Trésor public qui la remboursera sur 30 ans avec un taux d’intérêt ne dépassant pas 0,5 %, estimant que «le fardeau de ce financement sur le Trésor public n’est pas aussi important». Pour ce qui est du recours aux financements extérieurs en faveur des projets économiques structurés et rentables, M. Loukal a affirmé que ce financement ne peut être effectué sans le consentement du gouvernement et sera limité au financement des projets stratégiques et non à la subvention de la consommation. Le niveau de la dette extérieure de l’Algérie demeure parmi les plus faibles niveaux dans le monde, dont le taux n’excède pas les 0,78 % du produit intérieur brut (PIB), alors que le taux de la dette publique interne s’élève à 40 % du PIB. Quant aux montants consacrés à la réévaluation des projets auxquels 279 milliards de DA sont alloués pour 2020, le ministre a précisé que ce montant est en recul par rapport aux prochaines années et ne représente que 2 % du volume du programme en cours contre 25 % avant 2010.
Évoquant le niveau de l’inflation, en hausse selon l’avis de plusieurs députés, le ministre a indiqué que le taux d’inflation a connu une nette baisse, passant à 2,01 % fin septembre dernier contre 4,45 % fin septembre 2018. Cette baisse est due grâce aux multiples mesures visant à contenir cette inflation, a ajouté le ministre, citant l’intensification de réalisation des marchés de gros et de détail, le parachèvement de l’endiguement du commerce illégal et la lutte contre les pratiques frauduleuses, outre les mesures de la politique monétaire de la Banque d’Algérie (BA) pour absorber l’excès de liquidité et stabiliser le taux de change.

La note de la Banque d’Algérie ne concerne que les étrangers

Par ailleurs, M. Loukal vient d’apporter une précision de taille concernant l’obligation de déclarer l’origine du montant égal ou supérieur à 1000 euros ou équivalent, destiné à alimenter un compte en devise.
M. Loukal a détaillé les contours de la note émise par la Banque d’Algérie, qui a crée une forme de confusion parmi les clients, affirmant que celle-ci n’était pas destinée aux Algériens mais aux étrangers.
Il a indiqué que la dernière note de la BA relative à l’obligation de déclarer l’origine des dépôts bancaires en devises concerne exclusivement les étrangers. Le ministre a affirmé dans ce cadre qu’il «est clair que la dernière note de la BA faisant obligation de justifier de l’origine des fonds en devises, est destinée exclusivement aux étrangers, comme exigé par l’article 72 de la Loi de finances 2016». La BA avait demandé aux banques dans une correspondance datée du 27 octobre écoulé, que « toute alimentation d’un compte devises pour un montant égal ou supérieur à l’équivalent de mille (1.000 euros) doit être appuyée, préalablement, par une déclaration douanière d’importation de ce montant».
La note de la BA repose également, selon M. Loukal, sur le règlement du Conseil de la monnaie et du crédit du 21 avril 2016, qui énonce l’obligation de déclarer les montants en devise détenus par les voyageurs résidents et non-résidents. Le ministre a rappelé qu’il avait personnellement exempté les citoyens, en juin 2018, lorsqu’il était gouverneur de la BA, de déclarer la source d’alimentation en monnaie nationale et en devises. « Cette mesure incitative a permis de drainer environ 500 millions de dollars en nouveaux dépôts en seulement sept (7) mois», a fait savoir M. Loukal, mettant l’accent sur l’impératif d’asseoir «la confiance entre le client, l’administration et les banques».

La grève prévue aujourd’hui annulée suite à un accord

Évoquant la Caisse nationale des retraites (CNR), le ministre a affirmé que la caisse souffre d’un déficit pouvant atteindre les 800 milliards Da/an en 2021, estimant qu’il ne serait pas possible de couvrir ce montant entièrement et en permanence à partir du budget de l’Etat. M. Loukal a aussi évoqué la maitrise difficile du déficit enregistré au niveau de la CNR qui connait «un déséquilibre structurel aigu» depuis 2014 s’élevant à 600 milliards de Da en 2018. Avec l’absence de réserves à court terme et la non application de réformes à moyen et à long termes, ce déficit pourrait atteindre les 800 milliards de Da en 2021 et se creusera avec une moyenne annuelle de 2,5% voire 3% tout au long de la prochaine décennie, a-t-il indiqué.
Il est à préciser par ailleurs que la grève prévue aujourd’hui, dimanche, dans le secteur bancaire a été annulée suite à un accord signé entre les syndicats et les directions pour prendre en charge des doléances.
Ainsi, le président de la Fédération nationale des travailleurs des banques et des assurances, Mohamed Zoubiri a affirmé à l’agence APS que les directions des banques publiques et leurs syndicats ont parvenu jeudi soir à un accord commun sur la prise en charge des doléances de ces derniers, notamment en ce qui concerne l’augmentation des salaires, en ajoutant que la journée de grève, annoncée pour dimanche, a été annulée.
«Après une réunion marathon de 11 heures de travail, nous sommes parvenus à un accord commun sur la concrétisation de la plateforme des revendications des travailleurs, adoptée le 12 juin dernier, notamment en ce qui concerne la réévaluation des salaires», a-t-il déclaré. Une deuxième réunion doit être tenue en décembre prochain entre la fédération et l’Association des Banques et Etablissements financiers (ABEF) pour fixer les mécanismes de la mise en œuvre de cet accord, a-t-il ajouté. «Cela prouve que nous (syndicats des travailleurs des banques publiques, Ndlr) n’avons aucune arrière pensée, nous voulions juste une prise en charge de nos revendications salariales légitimes. Du moment que nous sommes parvenus à un accord, la journée de grève et de protestation n’a plus lieu d’être», a-t-il soutenu. Les revendications principales des travailleurs des banques publiques, portent sur «l’augmentation du point indiciaire dans la grille des salaires, du relèvement de la prime de transport et celle du panier, ainsi que la révision de la rémunération de l’ancienneté», selon lui.
Dans un cadre lié, le ministre des Finances a affirmé à l’APN que l’ensemble des banques publiques procéderont, dans les trois mois à venir, à la commercialisation des produits de la finance participative.
M. Loukal a précisé que toutes les procédures ont été prises pour le lancement de ces produits en vue d’attirer une partie des capitaux se trouvant dans le marché parallèle regroupant un tiers de la masse monétaire en circulation soit 4.500 mds de DA dont 2000 mds de DA destinés au financement du foncier et le commerce et 2.500 mds DA thésaurisés par les particuliers. Le règlement de la BA de janvier 2018 intervient pour permettre aux banques de pratiquer la finance participative (islamique) en fusionnant l’activité conventionnelle et l’activité participative. Représentant 83% du marché bancaire, les banques publiques ont procédé depuis la publication du règlement de la BA à la formation de leurs fonctionnaires en matière de finance participative, mettant en place à cet effet des guichets spéciaux pour ces produits et en utilisant des systèmes informatiques et comptables adaptés à ce système hybride.

Synthèse: Samir Hamiche