vendredi , 15 décembre 2017

Algérie-France:
Passer de moments d’amitié à de l’amitié franche

Dans l’amitié censée rapprocher l’Algérie et la France, les mots flottent comme le vent. Les relations passionnelles entre Alger et Paris, suspendues au boulet de la reconnaissance des crimes perpétrés par le colonisateur devenu partenaire du colonisé, balancent toujours entre les éblouissements des retrouvailles et les suspicions, le doute, la gêne qui refroidissent épisodiquement les rapports entre les deux pays au moindre cumulus. Le président Emmanuel Macron, s’apprête à revisiter un pays pour lequel il a exprimé en 2016, du haut de son statut de candidat favori à la magistrature suprême, sa grande estime. Est-ce donc un ami déclaré et sans équivoque qui séjournera à Alger à partir du 6 décembre prochain ?
François Mauriac, que le président doit certainement apprécier, écrivait que «dans l’amitié véritable, tout est clair, tout est paisible, que les paroles ont un sens pour les deux amis». L’assurance et l’expérience féconde du prochain hôte du président Bouteflika, précursent que ce président d’une autre génération s’inspire de la pensée de l’auteur du célèbre «Thérèse Desquéyroux». A l’évidence, il est animé de la volonté d’ouvrir un nouveau chapitre de la relation algéro-française, même si ce slogan avait précédé toutes les visites précédentes des chefs d’Etat de l’hexagone, particulièrement celles de Sarkozy en juillet puis décembre 2007 et de François Hollande en décembre 2012 et juin 2015. Sarkozy avait confiné les relations entre les deux pays dans des zones tumultueuses qu’il affectionnait durant son mandat. Hollande les avait certes normalisés, tissant même des liens affectifs prononcés avec l’Algérie. Cependant, teintés d’une inconfortable sensation de paternalisme qui limitera les résultats de ce rebond. Autant dire que les intentions affichées d’Emmanuel Macron dans son crochet par Alger, ont dû tenir compte des perpétuels méandres qui gravitent autour des relations algéro-françaises, mais constamment derrière une façade amicale.
Autre paramètre objectif qui décidera début décembre de la direction des rapports entre les deux nations, la capitalisation de l’amitié dont se prévalent les décideurs politiques et économiques d’un côté comme de l’autre. La COMEFA, cette commission franco-algérienne présidée par les deux ministres d’Affaires étrangères et qui planche périodiquement sur les échanges et projets d’investissements, ne s’évertue à ne traduire que les bonnes intentions. La récente et spectaculaire annonce de la signature du contrat pour l’installation de l’usine Peugeot-Citroën à Oran, près de Tafaraoui, presque face au complexe de Renault, participe d’une tendance diplomatique vers la consolidation des relations. Un scénario manifestement élaboré pour élaguer le flou qui persiste dans la dimension réelle des liens entre l’Algérie et la France. Assortie donc de l’effet d’annonce sur la fin du feuilleton Peugeot-Algérie, les deux camps se sont accordés à stopper l’enlisement qui menaçait le terrain de leurs relations multiformes. La preuve que l’amitié la plus désintéressée n’est qu’un trafic, où chaque pays se propose toujours à gagner.
D’ailleurs, la France, par les déclarations de son ministre de l’économie, exprime ses intentions de «retrouver sa place de partenaire principal en Algérie». Le signal fort nommé Peugeot-Citroën, a totalement secoué la forme des rapports. La France regrette sa position de 4ème partenaire commercial de l’Algérie. Elle n’adhère surtout pas à la montée en puissance de la Chine de plus en plus offensive, l’Italie, l’Espagne, voire aussi la Turquie qui aurait brûlé la politesse à la France pour les comportements frileux de ses investisseurs. Bruno le Maire s’en prend apparemment à ses prédécesseurs. Il dénonce en personne que son pays ait dilapidé ses parts de marché en Algérie, de 24 à 10%, qualifiant cette situation «d’inadmissible»! Seul constat acceptable pour la France dans ce partenariat, la présence de 500 entreprises sur notre territoire et les 40.000 salariés directs qu’elles induisent, assortis de 10.000 autres indirects.
Si besoin est, ces déclarations de colère, démontrent la détermination du président Macron à travailler et doper le partenariat avec l’Algérie. Homme de dialogue, conscient des enjeux d’un monde nouveau susceptible d’éliminer de la compétition les économies les moins agressives, le chef de l’Etat français débarquera à Alger trempé d’intentions concrètes et sur le moyen et long terme. Il entendrait réhabiliter et maximaliser la stratégie des échanges, dans le cadre du respect mutuel si chère aux Algériens. En un mot, dépassionner les relations entre la France et l’Algérie, afin que la coopération bilatérale s’arrime enfin au diapason de la qualité, de la rentabilité pour les deux parties et de la sincérité. Car, jusqu’à présent, la France ne procédait pas avec l’Algérie d’amitié permanente. Mais que de moments d’amitié.

Par Fayçal Haffaf