mercredi , 11 décembre 2019

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Permanences commerciales… le retour du boomerang

Un gouvernement qui se préoccupe réellement d’imposer son image et de convaincre ses administrés, n’abandonne pas une seule action au hasard. Parfaitement bien inspiré par ce leitmotiv politique, notre honorable ministère du Commerce croyait naïvement que la carte nationale de disponibilité des produits laitiers et de première nécessité durant l’Aïd El Fitr, allait éclabousser tous les records de réussite cette saison. Mieux, ce département s’enflamme d’un bilan ronflant sur l’exécution de ce programme en communicant un taux de couverture des permanences de 99,86% à l’échelle territoriale. Ce chiffre de presque 100% architecturé autour des données transmises par les directeurs de Commerce des 48 wilayas, ne semble pourtant point refléter la réalité du terrain. Il fallait déambuler à travers les artères des grandes villes du pays pour, à la recherche du lait, du pain et de magasins d’alimentation générale, pour savoir que cette édition 2017 de l’Aïd a foisonné en pressions et en déception par rapport à ce qui avait été prévu. Certaines boutiques et boulangeries ont bien bravé la canicule et consenti à l’effort requis par le département de Ahmed Abdelhafidh Saci. Cependant, en nombre infinitésimal par rapport à l’envergure des populations et de la demande, elles s’écroulaient progressivement face à la poussée des citoyens. Les reportages diffusés par les correspondants de la Radio algérienne sur cette question du respect des commerçants les jours de l’Aïd, se rejoignaient. A titre de repère, notre ami Hadj Benaouda Fekif avait brossé sur les ondes de la chaîne 3 l’ambiance qui prévalait dans la capitale de La Mekerra dans le registre des permanences commerciales, précisant à l’instar de beaucoup de ses collègues d’antenne que le dispositif arrêté n’était pas respecté. De quoi se faire à la raison: cet Aïd a plus célébré la fournaise de Dame Nature que le planning des activités commerciales, confiné à sa pitoyable expression.
Il n’a donc pas dérogé à la règle. Y compris au niveau de la langue de bois des responsables de willaya qui maintiennent de beaux jours à cette gestion média de la désormais fameuse permanence des commerçants en temps de fêtes religieuses. Même si, reconnaissons-le franchement, ce n’est pas faute à la tutelle d’avoir tout tenté. Le gant de velours et la main de fer. L’appel à la civilité des «professionnels», les menaces de sanctions, les 2142 agents de contrôle affectés sur l’ensemble du pays, la contribution de la transparente Union Générale des Commerçants et Artisans algériens, celle de sa dérivée l’Association Nationale des Commerçants et Artisans née de l’initiative d’un Tahar Boulenouar en manque de politique, autant de partenaires qui ont promis l’opulence, le confort et le succès éclatant de cette opération. Boulenouar avait même proposé aux autorités compétentes locales, de dresser et rendre public les listes des commerçants mobilisés durant cet Aïd El Fitr. Mais, les vieux réflexes étant coulés dans le formol, commerçants et transporteurs sont demeurés sourds aux instructions de l’Etat. Il me semble important de rappeler que même la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, la LADDH, avait dénoncé en 2016 «la crise étouffante qui touche nombre de citoyens dans la plupart des villes du pays, une crise qui transforme la fête en un gâchis presque national». Cette organisation mettait en exergue «un phénomène devenu habitude depuis quelques années».
A présent, s’impose le temps de se rendre à l’évidence: la plupart des commerçants algériens, les taxieurs et les bus privés, ne procèdent pas de civilité. La majorité n’affiche aucune culture du service public, encore moins celle du respect des lois. Encore faut-il, par exemple, que les taxieurs s’arrêtent dans les feux rouges, respectent les règles de conduite et respirent la courtoisie. Quant à leur demander de travailler durant les fêtes… Presque tous conjuguent leur quotidien à la première lettre du singulier. Et surtout, leur indifférence, voire leur mépris qui résulte de leur culture face aux appels des autorités, renvoient tous les programmes de service minimum dans une coquille vide. Pour cette frange de l’activité économique, le terme «adhésion» reste vague, pour ne pas dire superflu. Ce qui explique le faible ancrage dans la société de l’UGCA, de l’ANCA, dont leurs leaders versent du reste plus dans des ambitions politiques que dans un travail de mobilisation professionnelle de masse.
Cette nouvelle expérience de gestion de la disponibilité des commerces en période festive, remet sur le tapis l’esprit de ceux qui jonglent avec les lois et les devoirs dus dans leur travail grand public. Dans leur esprit, ils sont privés, au sens le plus bête du terme, et s’approprient la faculté d’exercer leur métier comme ils l’entendent. Quitte à affronter les sanctions mises en branle. Si bien sûr elles sont appliquées. Dans la concomitance, le règne des lignes vides s’installe. La solution, c’est bien le recours au boomerang.

Par Fayçal Haffaf