lundi , 20 janvier 2020

POUR RETABLIR L’ORDRE DANS L’ENSEIGNEMENT QUEL PRIX A PAYER ?

Point d’autre éducation, point d’autre instruction que les faits imposés depuis 2014 par les syndicats de l’Education. Les grèves s’enchaînent à n’en plus finir, en dépit de la politique du dialogue permanent maintenue par le gouvernement. Il faut savoir que depuis cinq ans que les débrayages sauvages de l’Education empoisonnent le paysage social du pays, des revendications légitimes, il est vrai sans cesse ajournées, avaient été soldées. Si la grève est un droit constitutionnel pour le travailleur, elle répond à des règles de disciplines et d’informations trop souvent méprisées par le CNAPESTE et ses satellites. L’actuel arrêt de travail entamé en novembre 2017 et arrêté hier, se pose même en insulte aux institutions puisqu’il coule de beaux jours alors que la justice avait déclaré illégale la grève du CNAPESTE. Nous sommes donc dans une atmosphère potentiellement à risques. Et pas uniquement pour ce cycle scolaire.
Il est certes de bon augure que l’école alimente les enjeux politiques. Et plus pernicieusement encore, les visées des courants islamistes. Aussi vieille et malfaisante comme des marécages mouvants, la tendance s’incruste dans les pavés de la démocratie. Je l’ai déjà écrit sur ces mêmes colonnes, le système éducatif algérien toujours prémuni des sentiers de descente aux enfers. Je le rappelle encore avec fierté, il repose sur une école identitaire, citoyenne et d’équité, résolument ouverte sur les matières scientifiques et la promotion des langues étrangères. En plus désormais de la systématisation de la langue amazigh, enfin raccordée aux piliers de notre politique de l’Education. C’est ce qu’on appelle un enseignement pour accéder à une culture vivante et émancipatrice. Un chantier qui, comme la beauté, ne doit pas exister à demi.
Hélas, cette voie n’intéresserait pas certains courants politiques qui rêvent de s’inféoder le secteur de l’Education à des mouvances islamo-conservatrices. Nonobstant les initiatives de l’administration centrale depuis 2014 en direction des personnels enseignants, les altermondialistes syndicaux de l’enseignement, campent sur une régression historique de la morale et de la noblesse qui généralisait le métier d’éducateur et de formateur. Parce qu’entre l’intransigeance des syndicats et la marge de manœuvre réduite de Madame Benghabrit elle-même confinée à respecter des lois et les règles en vigueur dans notre monde du travail, les élèves sont pris en otage. Parce qu’aussi, l’intérêt des enfants n’a jamais dérangé ou soucié les décideurs des débrayages, même si chacun sait que parallèlement au droit à la grève, existe le droit constitutionnel des enfants à l’école. Et parce qu’enfin, le ministère de tutelle a permis dans une belle audace et une noble volonté de pardonner les écarts professionnels liés à la grève, en invitant ceux qui ont débrayé et subi des retraits de salaires à se rapprocher de leurs directions respectives pour régularisation.
Mais aujourd’hui, l’Etat qui a toujours privilégié l’écoute, réussira-t-il à convaincre les partenaires sociaux à rejoindre massivement les classes ? Conjoncture économique oblige, impossible de révolutionner la grille des salaires pour le secteur. Le problème ne date pas d’hier. Quoi qu’en disent les leaders des associations concernées, chaque débrayage a une relation intime avec des augmentations. Il s’agit d’une approche singularisée par des revendications qui prennent la distance avec l’argent, mais qui en réalité, constituent le premier mobile de la contestation. Or, comme l’écrivait opportunément notre consœur Hasna Yacoub dans le quotidien l’Expression la semaine écoulée, «l’Algérie n’est plus en mesure d’augmenter les salaires». C’est une réalité, qui oblige Nouria Benghabrit et le gouvernement Ouyahia, à ne pas reculer devant l’obstination des grévistes». Il ne faut pas sortir des grandes écoles spécialisées dans les stratégies de politiques sociales et économiques pour comprendre que si le Premier ministre lâche du lest pour les enseignants- ainsi du reste que les médecins résidents- d’autres syndicats suivront…
En rappelant que ce sont les députés qui, il n’y a pas si longtemps, s’étaient illustrés pour revendiquer une hausse de leurs indemnités, une prime de 100 millions de centimes par an pour se loger à Alger et des frais de mission de… 1000 euros/jour pour leurs déplacements officiels à l’étranger.  Toute honte bue. L’effet boule de neige, vous connaissez ?
Par Fayçal Haffaf