mercredi , 11 décembre 2019

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Quand l’Amérique se déchire

Elle a pâle figure cette démocratie occidentale ces derniers temps. Les mots sont forts et les dérapages tout autant. Quand Donald Trump parle d’un coup d’Etat qui serait fomenté contre lui (et non d’une procédure de destitution), nous assistons tout bonnement à un reniement, jamais connu, de la Constitution américaine. La Constitution qui est le socle de cette démocratie, la plus grande et la plus parfaite selon tous les spécialistes.
Les mots utilisés par le président américain mercredi dernier, dans l’un de ses fameux tweet, sont forts et choquants « J’en arrive à la conclusion que ce qui est en train de se passer n’est pas un “impeachment”, c’est un COUP D’ETAT, visant à prendre le Pouvoir du Peuple, son VOTE, ses Libertés, son Deuxième Amendement [de la Constitution relative aux armes], sa Religion, son Armée, son Mur à la Frontière, et les droits qui lui ont été donnés par Dieu en tant que Citoyen des Etats-Unis d’Amérique ! ».
Une réplique forte d’un homme qui lève le voile sur ses convictions intimes et qui croit que cette procédure ne pourrait jamais le toucher du fait qu’il a été élu par le peuple américain. En réalité, il semble faire fi de la tristement célèbre affaire de Watergate qui a justement conduit à la destitution de Richard Nixon. Une procédure légale et totalement envisageable dans son cas aussi.
Il faut dire que Trump n’a jamais gouverné, depuis son élection, de manière normale. L’affaire de l’ingérence russe dans la campagne électorale de 2016 a plombé toute la première partie de son mandat. Et celle de son coup de fil au président ukrainien risque d’être encore plus pénible à gérer pour lui. Le bulldozer Trump, même s’il ne crève pas, risque de sérieuses pannes mécaniques qui gripperont la machine.
Sa situation est d’autant plus précaire qu’il ne jouit d’aucune sympathie auprès des medias américains et surtout des mastodontes de la télévision. La campagne à laquelle il doit faire face dans les jours à venir le fragilisera grandement, et même cette Amérique profonde qui lui est acquise à fond, risquera bien de commencer à se poser les questions qui fâchent.
Mais au-delà du cas Trump, il y a bien plus grave. L’image de la grande démocratie américaine ne cesse d’être écornée depuis la venue du magnat de l’immobilier aux affaires. Un président qui pour sauver sa peau et sa mandature n’hésite plus à diviser la société et à alimenter les risques d’affrontement (certains parlent même de guerre civile). Cette phrase prononcée dans les jardins de la Maison Blanche est des plus édifiantes à ce sujet ; « Les démocrates veulent prendre vos armes, ils veulent prendre votre couverture santé, ils veulent prendre votre vote, ils veulent prendre votre liberté, ils veulent prendre vos juges, ils veulent tout vous prendre».

Par Abdelmadjid Blidi