lundi , 20 janvier 2020

LIEUX SAINTS DE L’ISLAM:
QUAND ON ESSORE LES PAUVRES

Même en s’inspirant de toutes les philosophies politiques du monde contemporain, même si logiquement l’on se plie à l’obligation de respect de la souveraineté de chaque pays dans ses décisions, personne dans le monde musulman ne digère le plat mijoté par le royaume wahhabite, gardien des Lieux Saints de l’Islam. Il est servi à la communauté du Prophète, en guise d’accueil pour visiter et se recueillir sur sa tombe. Ce bouquet coûte, depuis l’été 2016, la bagatelle de 500 euros, le visa le plus cher au monde et de très loin. Ce cadeau empoisonné ne cesse d’alimenter la controverse, puisque présenté en 2016 dans un décor de douche écossaise. Cinq mois après l’instauration de cette dîme royale, Ryad avait annoncé l’annulation pure et simple de cette taxe record, début décembre 2016. Un effet d’annonce politique rapidement retiré des news, dans un exercice de haute voltige dont personne, jusque-là, n’a pu percer les secrets.
Ce que nous retenons aujourd’hui de cette pirouette officielle des argentiers de l’Arabie Saoudite, c’est que ces derniers ne se gênent pas pour essorer les musulmans en droit d’accomplir le cinquième pilier de l’Islam. A l’évidence, le premier producteur de pétrole sur terre s’acharne à faire payer les manques à gagner de ses recettes aux dizaines de millions de pèlerins de chaque année hégirienne, ainsi qu’à ce milliard de touristes religieux enregistrés ces trois dernières boucles grégoriens. Tous les jours un petit peu… Quelle loi de l’équilibre ! Rien qu’en provenance de l’Algérie, 500.000 personnes se rendent chaque année aux Lieux Saints de l’Islam, plus 28.OOO hadjis. Une goutte d’eau  dans l’océan par rapport à des marchés émetteurs de la dimension de l’Indonésie, du Pakistan, de l’Inde, de L’Afghanistan, le Bengladesh, l’Ouzbékistan ou encore l’Egypte, le Nigéria, la Turquie. Des populations à revenus moyens dans leur grande majorité, pour ne pas dire pauvres. Ils sont du reste de moins en moins nombreux à postuler au pèlerinage de la Omra. A notre niveau déjà, la baisse de la demande est drastique. Des agences de voyages spécialisées, le confirment et font triste mine. La taxe de 500 euros, équivalente à 10 millions de centimes, refroidit déjà tous les quidams au retour sur les Lieux Saints de l’Islam, ceux concernés par les droits d’accès. Certes, le roi Salman Ibn Abdel Aziz, celui qui a modifié le mode de l’héritage pour appliquer celui des monarchies européennes, a consenti une faveur aux visiteurs musulmans qui lui gonflent les caisses de l’Etat: ceux qui effectuent leur premier voyage en Arabie Saoudite, sont absous de la taxe de 500 euros. Après, il va falloir casquer, lors de toute prochaine rotation.
On imagine que ce «geste de bonté» découle du coup d’épée dans l’eau. Simplement parce qu’à ce prix, les couches moyennes de la société musulmane ne reviendront plus sur la terre sainte, aussi magnétique soit-elle. Des milliards de personnes n’auront plus le pouvoir de s’émouvoir et de s’enthousiasmer en face de la Kaaba ou de la Raoda. D’autant plus qu’en Arabie Saoudite et particulièrement à La Mecque et à Médine, d’autres taxes sur tous les achats ordinaires ont jailli sur les comptoirs. Les prix flambent sur tous les marchés dont un pourcentage atterrira dans les caisses de l’Etat. Et donc, les budgets pour prier quelques jours sur les Lieux Saints de l’Islam, sont inaccessibles pour la grande masse des musulmans. Ce détour qui alimente les rêves de chacun d’entre nous, ne se prêtera plus qu’aux riches. Sinon qu’aux heureux élus qui auront la chance d’y être invités.
Mais le plus bizarre dans l’histoire, c’est qu’aucun pays concerné n’a réagi. L’histoire de la taxe de 500 euros brise les cœurs des musulmans depuis 2016, sans qu’aucun gouvernement ne s’en émeuve. Bien au contraire, tous semblent  s’en accommoder. A l’exception de l’Egypte qui aurait appliqué la réciprocité dans le versement la taxe équivalente aux Saoudiens à leur entrée sur les bords du Nil, toutes les autres autorités font le dos rond. Un attentisme curieux qui ne se justifie pas par le respect de la souveraineté. Une peinture complaisante sans qu’on nous le montre. Les autres pays arabes et musulmans ont-ils assez de force ou d’arguments pour contrebalancer ce carcan d’instauration de taxe à un niveau indécent ? Surtout qu’il touche au droit de souscrire à un des piliers de l’Islam ? Quant aux pauvres candidats pèlerins qui ne peuvent plus rien, mais alors plus rien, ils ne peuvent qu’apprendre le renoncement. La mort dans l’âme.
Par Fayçal Haffaf