vendredi , 15 décembre 2017

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Quand Trump ouvre les portes de l’enfer

Qui peut croire qu’en temps de peste politique répandue par Donald Trump sur la question palestinienne, le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à El Quods, soit le plus sûr viatique pour la paix dans cette poudrière. Pas même l’Evangile. Le dangereux pouvoir de décision de l’actuel président américain sur les sables mouvants du Moyen Orient, dépasse tout ce que l’imaginaire des stratèges et des experts de l’histoire osait atteindre. Nous ne cessons pas de découvrir le fantasque maître absolu des USA. Ses frasques historiques s’enchaînent, le sourire en coin et l’assurance d’un provocateur. Ses collègues chefs d’Etat n’ont pas fini de digérer son retrait de l’accord international sur le réchauffement climatique, qu’il leur annonce, la semaine dernière, ne plus reconnaître le fameux pacte sur l’émigration. Le temps d’offrir à un monde pétrifié un ultime voyage vers El Quods, ce potentiel hautement symbolique de l’Islam où il entend ériger son ambassade. Une vieille requête israélienne pour un retour à l’univers médiéval.
Donald Trump a choisi sa parabole. Celle de l’embrasement diplomatique. Ses apparences dans les dossiers du terrorisme et de la guerre contre l’Etat islamique n’ont jamais totalement convaincu les pays englués dans la crise au Moyen Orient. Chaque acteur de ce puzzle devinait bien les arrières pensées de Trump. Et même si ce transfert de sa représentation en Israël de Tel Aviv à El Quods relevait d’une promesse de campagne lors de son duel avec Hillary Clinton pour l’accès à la Maison Blanche, le chemin emprunté pour matérialiser sa promesse, celui de l’annonce directe sans consultations avec ses alliés, ni préalables diplomatiques germera rapidement les premières graines de violence. Pour l’heure, le pendule oscille entre un effet d’annonce et l’attente de solidarité de la part des Occidentaux. Mais point d’une petite comédie légère et pétillante style cet épisode théâtral et la stigmatisation avec les médias américains au lendemain de l’investiture. L’ancien milliardaire, enlumineur perclus dans la grâce, entend bien refaire le monde et concrétiser le rêve de ses protégés en élevant El Quods au rang de capitale intégrée d’Israël. Et du coup, toute la planète politique ressent une sorte d’angoisse morale, voire affective à l’égard des Palestiniens que les USA condamnent, par leur geste, à vivre éternellement dans l’insécurité physique et matérielle.
Si les services de Donald Trump ne savent pas, ni ne mesurent la portée d’El Quods dans l’histoire du monde arabo-musulman, ce rappel s’impose: la désignation en 1980 de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël a été et reste toujours contestée par la communauté internationale. Une position qui date depuis 1949, lorsqu’Israël décidait de faire de Jérusalem Ouest sa capitale, y installant son gouvernement et la Knesset. Pris de cours, le monde entier récusa ce fait accompli en pleine contradiction avec les résolutions de l’ONU. Après la guerre des six jours en 1967, la proclamation d’El Quods unifiée comme capitale en dépit de l’accord international sur le statut de cette ville, engendra encore de profondes controverses diplomatiques et médiatiques. Une trentaine de pays, dont des Africains disposèrent néanmoins leurs ambassades à El Quods. Cependant, depuis 1980, ces représentations à l’instar de l’Ethiopie, les Pays-Bas, l’Uruguay, la Bolivie, le Chili se sont résolus à l’évidence et déménageaient sur Tel Aviv. Ni les Etats-Unis ni la France n’avaient édifié leurs ambassades à Jérusalem. On situera mieux les projets de Donald Trump en précisant qu’en 1980, Washington avait bien déclaré «qu’Israël a proclamé Jérusalem comme capitale, mais les Etats-Unis maintiennent leur ambassade à Tel Aviv». Quant à la France, elle n’a jusque-là jamais reconnu Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu.
Donald Trump reste insensible à toutes les réactions qui essaiment de sa déclaration. Mahmoud Abbas affirme que «la situation est très grave et dangereuse». La représentante de l’UE a rappelé «au respect des deux Etats israélien et palestinien». Le pape François exhorte à «respecter le statut d’El Quods». Le ministre britannique des Affaires étrangères va plus loin. Il «exprime sa profonde inquiétude, ainsi que son intention de ne pas suivre, ni valider la position de Trump. Quant aux dirigeants arabo musulmans, ils se mettent en état d’urgence extrême. A peine si Donald Trump prête attention à ces appels. El Quods capitale d’Israël signifiera bien l’ouverture des portes de l’enfer, la systématisation du terrorisme planétaire. Et surtout la fin du processus de paix pour la Palestine.

Par Fayçal Haffaf