vendredi , 23 août 2019

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Quelle solution pour parer au vide

Ainsi donc, l’imprévisible et inexpérimenté successeur du fantasque Djamel Ould Abbès à la tête du FLN, n’a pu réaliser son rêve de faire main basse sur le parti historique pour s’arrimer à la planète de la politique et des affaires. Mouad Bouchareb avait situé ses ambitions dans le cadre d’une époque révolue, au cours de laquelle tout était permis pour les enfants du sérail. Devant les vents qui tournent dans le sens de l’histoire, il rejoint son allié ombilical, le patron du RND, dans une volte-face spectaculaire digne d’un numéro de cirque prestigieux. Depuis hier mercredi 20 mars, les bruyants appels du coordinateur à soutenir la «continuité», ont rendu l’âme. Laissant cours désormais à «comprendre les attentes du peuple et répondre aux exigences de changements politiques» réclamés par l’ensemble des citoyens», dixit Ahmed Ouyahia. L’ancien chef du gouvernement et le futur ex-président de l’APN, interpellent aujourd’hui «les autorités à répondre aux vœux de la population». Les deux colonnes vertébrales du système aujourd’hui renié s’écroulent. Si la passion politique porte une fois en bien, ce n’est souvent que par hasard, puisque dans sa nature même, la politique enrichit autant qu’elle détourne et aveugle ceux qui ne réagissent par raison.
A présent, aux choix maladroits et aux projections sordides élaborées par les deux formations reines de l’alliance présidentielle, s’ajoutent les règlements de compte en interne. Les atmosphères jaunissent et les ambiances virent au tumulte. Au RND, le porte-parole Seddik Chiheb, est vivement interpellé pour de soi disant dérapages par rapport aux positions du parti sur les événements actuels. Au sein du FLN, la tendance est aux bagarres entre mouhaffeds et cadres centraux qui ne s’entendraient plus sur les conduites à tenir dans cette actualité brûlante. Le flot d’informations et d’images qui jaillissent des deux chaumières du FLN et du RND, ne révèlent en fait que les appréhensions des cadres de ces entités partisanes sur leur avenir immédiat. Pendant longtemps, leurs ambitions en engendraient d’autres, avec très souvent des prétentions inavouées qui leur sont contraires. On ne versera pas dans l’affabulation en précisant qu’aujourd’hui, sous le ciel des partis de l’alliance chargé de nuages, les querelles pour préserver ce qui reste des statuts et des fonctions à prendre, s’inscrivent dans un combat acharné. Une guerre pour le pouvoir au sein de ces partis, avec d’autres intentions de réapparaître avec un autre visage remodelé pour se conformer au futur environnement politique. Chacun sait bien que chez les partis caciques, la politique ne se joue plus en termes de morale.
Ces dérapages influent-ils dans les difficultés, voire l’échec du nouveau Premier ministre à former un gouvernement de transition ? En fait, c’est l’ensemble du climat politique, social et même économique si l’on se réfère à l’incroyable déficit commercial enregistré en janvier 2019 – 1,436 milliards de dollars, contre 45 milliards l’exercice précédent – qui justifie les appréhensions des profils indépendants et des partis de l’opposition à s’investir dans une période de transition attendue avec impatience. Aucune compétence approchée, pas la moindre personnalité du mouvement syndical tous corps confondus, ne consentent à rallier Noureddine Bedoui dans une mission de remise à flot d’un exécutif en charge d’organiser l’échéance présidentielle attendue par le monde entier. La déstabilisation en profondeur des anciens tenants du pouvoir, ainsi que le refus poli des master-opérateurs économiques du pays sollicités pour trouver des gros calibres susceptibles d’enclencher une nouvelle et efficace dynamique de gestion des affaires, enfoncent Bedoui dans sa solitude. A présent, la question préoccupe tous les esprits: jusqu’où ce vide tiendra-t-il, et quelle serait l’alternative, si cette situation désagréable de notre pays sans exécutif perdurait ?
Confondu face à ses responsabilités, l’actuel locataire de la primature n’osera même pas démissionner. Ce grand format d’une Nation en quête de ministres pour aborder la transition, distille une inconfortable impression de gêne. On croise les doigts.

Par Fayçal Haffaf