samedi , 23 septembre 2017

Ramadan 2017… Un couffin pour dix habitants

Boufatis, une commune oranaise de près de 13 000 habitants, s’apprête à distribuer les fameux couffins de Ramadhan, destinés aux familles démunies. Selon M. Benyoub, le président de l’APC, cité par un confrère de la presse locale, pas moins de 1.500 familles nécessiteuses et «remplissant les conditions», sont concernées, par cette action de solidarité, initiée chaque année, à l’occasion du mois de Ramadhan. 1 500 nécessiteux sur une population de 13 000 âmes, revient à dire, qu’ici le taux de misère ou de pauvreté, dépasserait les 10%. Le responsable a également précisé, que cette année, pour sa commune, le coût de l’opération «couffin de Ramadhan», a nécessité un budget de 5 millions de dinars dont un montant de 1,5 million de dinars a été versé par la wilaya. Soit une moyenne de 5 000 DA par couffin et par famille, «retenue sur les listes des nécessiteux», recensés encore une fois par les services communaux. Au delà des vertus et du mérite de cette action de solidarité, ordonnée par l’Etat et encadrée par les communes, on ne peut s’empêcher d’observer que la gestion de ce genre de dossier, comme celui de la distribution des logements sociaux aux occupants de bidonvilles et du vieux bâti, souffre des mêmes paradoxes et du même manque de rigueur dans l’approche et l’encadrement de l’action. Car, dans un très grand nombre de cas, à Oran, et à travers les communes périphériques, le seuil de pauvreté «ouvrant droit» à ce couffin de Ramadhan, est loin d’être maitrisé et correctement mesuré par des gestionnaires locaux, dépassés par la demande et les pressions sociales. Comme à Boufatis, la plupart des communes d’une dizaine de milliers d’habitants, enregistrent un flux de demandeurs de couffins de Ramadhan qui dépassent l’entendement. Un nombre considérable de familles, certes très modestes, vivant d’un salaire équivalent au Smig, d’un petit bizness ambulant, d’une retraite ou d’une pension d’invalidité, s’inscrivent sur les listes des bénéficiaires du couffin. La notion de besoin étant toute relative, les élus de la commune se retrouvent parfois, face à une demande pouvant atteindre plus de la moitié de leur population.
Avec la baisse du pouvoir d’achat, le marasme social et le quotidien difficile, les frontières de la pauvreté et de la misère, ne cessent évidemment de bouger, de s’élargir parfois et même de se rapprocher des couches sociales dites «moyennes», qui ne peuvent plus rêver d’épargne, de nouveau logement, de véhicule ou de confort élémentaire pour leur famille. Et seul l’amour-propre, la «Hchouma», empêchent certains modestes travailleurs, employés administratifs ou retraités, à aller s’inscrire eux aussi, parmi les «demandeurs» du couffin de Ramadhan. Car, il s’agit en effet, de «listes de demandeurs» devant être épluchées, bien plus que de listes de nécessiteux, en principe connus et identifiés, depuis longtemps par les services communaux. Distribuer 1 500 couffins, parmi une population de 13 000 habitants, revient à proposer en moyenne 1 couffin pour 10 habitants. Comme chaque année, l’opération couffin de Ramadhan sera sans doute marquée, par la prébende et les dérives, nourries par la convoitise indécente et la «course au gratuit»…

Par S.Benali