lundi , 17 décembre 2018

Recrudescence des traversées clandestines

Jeudi dernier, on apprenait qu’une vingtaine de harraguas, dont trois femmes et deux mineurs ont été interceptés au large des côtes oranaises, au nord de Cap Falcon. C’est, depuis quelques temps presque tous les jours, que ce genre d’événements alimentent l’information sur les colonnes de la presse locale et nationale : Des harraguas interceptés en mer, ou juste avant leur embarquement pour une dangereuse traversée, mais également des corps sans vie repêchés ou rejetés par les flots après le naufrage de leur embarcation précaire. Une triste et tragique réalité devenue hélas presque banale, tant elle est installée comme une «fatalité acceptée» par des milliers de jeunes et de moins jeunes candidats à l’émigration clandestine. Des candidats aux profils et aux situations sociales des plus diverses, animés tous par le même rêve d’évasion vers d’autres horizons qu’ils pensent «plus cléments et plus favorables à leur aspiration à une vie meilleure». Hier, au cours d’une veillée religieuse organisée par la famille d’un jeune «disparu en mer» depuis un certain temps, les voisins résidents à la cité HLM/USTO des 1245 logements, visiblement touchés par le deuil annoncé des parents, se montraient paradoxalement peu enclins à condamner le fléau de la hargua en raison des multiples présumés arguments repris par les sphères politiciennes de la contestation. La mal-vie, le chômage, la hogra, la corruption, la cooptation et bien d’autres calamités sociales sont énumérées dans le désordre pour «expliquer», voire justifier les motivations de ces centaines de candidats qui risquent leur vie en mer pour rejoindre les côtes espagnoles. Un danger qui ne semble pas être mesuré à sa juste ampleur, en raison semble-t-il du fort «taux de réussite» de ces traversées interdites que certains aiment à raconter et à applaudir. Un tel est arrivé la semaine dernière à Paris chez son frère, tel autre est parvenu à rejoindre Marseille où il a été accueilli par un cousin, au prix de plusieurs jours d’aventures. A la cité des 1245 logements USTO, oû tout le monde semble connaitre tout le monde, une veillée d’enterrement ou une cérémonie de mariage permet aussi de se «mettre à jour» sur la situation des uns et des autres, sur les jeunes dealers du quartier en prison ou libérés, sur ceux qui viennent de prendre le départ pour une hargua, ceux qui sont partis et «partagent leur bonheur» supposé avec les proches et les parents. Une ambiance qui fait toujours l’impasse sur les tragédies liées à la hargua suicidaire en constante hausse depuis ces derniers mois. Il y a une semaine on apprenait que depuis le début de l’année, plus de 1 500 harragas ont été interceptés ou secourus par les forces navales de la façade maritime ouest au cours de prés d’une centaine d’opérations de sauvetage et de recherches effectuées au large des côtes oranaises. Des harraguas, dont 69 mineurs et 44 femmes, qui ont frôlé la mort après que leurs embarcations se soient renversées, ou qui sont «arrêtés» sur un coin de plage juste avant leur départ. Et malgré les efforts et les initiatives des pouvoirs publics visant à juguler le fléau, les traversées clandestines ne cessent de proliférer. Jusqu’à quand?

Par S.Benali