jeudi , 18 janvier 2018

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Revendications salariales: La face cachée des députés

Question envergure politique et intellectuelle, si nous nous interdisons surtout de ne pas remiser nos honorables députés dans le sas de l’avidité et de la quête d’une retraite dorée, force est de reconnaître que l’enseigne chargée de légiférer les lois ne se fend pas la rate pour abonder dans le marketing populaire. Sinon, comment expliquer qu’au plus fort des sacrifices requis des Algériens dans la gestion financière de leur quotidien, des députés réclament une importante hausse des indemnités de déplacements et de location d’appartements ? Par temps de crise, cette information est perçue par la rue comme une provocation à son égard. Le nœud secret du huis clos serait-il aussi transparent ? En tous les cas, la fuite a bien meublé les pages de certains médias, convaincus que dans l’actuel contexte économique et social, l’initiative de certains élus est déplacée. Elle véhicule même une maladroite revendication entre l’éthique et le respect de la société, constamment sollicitée à la solidarité nationale dans le combat de la crise économique. Exiger un «relèvement des frais de mission de 500 à presque 1000 euros par jour», plus une revalorisation de «l’indemnité sur le logement, actuellement à 64 millions de centimes/mois», selon un quotidien national à fort tirage, participe d’un geste apolitique, dans lequel indécence et égoïsme se confondent. Pour une fonction confortablement rétribuée mensuellement à plus de 300.000 dinars, autrement dit 20 fois le SNMG, la toute dernière pulsion des députés sonne terriblement faux dans l’esprit du commun des mortels.
Cette démarche choque parce qu’elle diffuse la sensation que les députés ne se sentent pas concernés par la situation difficile qui prévaut actuellement dans notre pays. Elle rompt avec une logique universelle qui veut que toutes les chambres haute et basse dans le monde, évitent de froisser les populations par des augmentations de leurs revenus par souci de respect et de fusion. De faire en sorte de se souder contre un avenir problématique et surtout, surtout Mesdames Messieurs les députés, de s’imposer les valeurs et les principes de la dignité égale, afin que chacun n’aboutisse pas à un déni de l’identité spécifique.
D’ailleurs, il est rare en Algérie que des institutions de premier rang se solidarisent avec les baisses conjoncturelles des revenus des citoyens. La tendance, bien au contraire, épouse trop souvent le sens contraire. A l’exception de la proposition des députés Lakhdar Benkhellaf du PJD et de Yousef Khababa, ex-président de l’Alliance de l’Algérie Verte qui en 2015 avaient proposé, en vain, de «réduire de 20 à 30% les salaires des dirigeants du pays, dont les députés», les débats sur les salaires au sein de l’hémicycle ne se relayaient que sur la lancinante voie des majorations. Plus édifiant encore, des élus certainement plus intelligents, ont osé qualifier les propositions sur la baisse de leurs revenus de détournements des véritables enjeux de la crise financière. Et c’est ainsi que s’enchaînent tentatives de revalorisation de leurs salaires ou autres indemnités.
  En décembre 2012, les législateurs algériens s’étaient déjà illustrés en établissant une liste de revendications comme le passage des salaires de 30 à 40 millions de centimes, la prise en charge de leurs voyages à l’étranger  famille comprise, l’acquisition de véhicules haut de gamme, des passeports diplomatiques. Un autre mouvement s’enclencha en mai 2013, lorsque les élus exigèrent que leurs émoluments s’alignent sur leurs confrères maghrébins et européens. A l’époque, ces représentants de la société civile ne se reconnaissaient pas tous du niveau universitaire. En décembre 2014, une campagne avait germé de la part de députés pour arracher un statut équivalant à celui de ministre. Sous les feux de la presse et des réseaux sociaux, l’opération s’éteignit rapidement et les députés se sont renvoyé la balle. Entre temps, l’opinion publique relève que les députés n’ont jamais débattu d’une politique salariale, notamment dans la fonction publique, ni des disparités salariales et encore moins de la relation entre un salaire et la notion sensible de la  compétitivité économique. Bref, et comme l’a signifié un ancien pensionnaire de l’APN du début des années 2010, «le député serait plus avisé de demander plus de prérogatives, plutôt que des questions matérielles». Plus grave encore à travers une pétition.
Le sage souffre dans le bonheur du savoir, lorsque certains députés veulent exulter dans les délices.
Par Fayçal Haffaf