mardi , 23 juillet 2019

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Said Djellab et la hausse des prix : Liaisons dangereuses

Bluffer est le premier métier où un ministre algérien s’arroge le droit de s’écouter. Le mois sacré du Ramadhan de retour, rebondissent en puissance les effets d’annonces sur la régulation, le contrôle et le suivi permanent des produits de base, particulièrement les maraichages et les viandes. Les années et les ministres se ressemblent et la recherche de nouvelles sensations politiques sur les citoyens et les ménages n’équivalent toujours qu’à un ballon troué, car, la réalité sur le terrain reste implacable dans ses ajustements.
Contexte socio politique oblige, le préposé au commerce dans l’exécutif impopulaire de Bedoui, a sorti la grande artillerie: tous les commerces seront passés au crible durant cette période sensible de l’année ! Et gare aux spéculateurs, aux mandateurs félins, aux imposteurs et aux hypocrites qui se pressent religieusement chaque soirée dans les tarrawih en pensant comment, chaque lendemain, dépecer rageusement leurs clients. En remontant le bel éventail des mesures dressées pour ne pas éventrer les portes monnaies des consommateurs, on s’interroge sur les pays pour lesquelles ces décisions drastiques sont dédiées. Car, entre les prix de référence rendus public par le ministère de Said Djellab et ceux que vous imposent les potentats des marchés et des boucheries, c’est de la haute voltige. Les règles érigées pour maintenir les mercuriales à un niveau raisonnable, sont piétinées, selon la loi des plus forts. Et comme par les temps qui courent, les administrations de l’Etat sont vilipendées, tous les marchands s’en donnent à cœur joie, avant de s’embaumer de foi et de piété le soir, sur les tapis des tarrawih.
Le pouvoir d’achat du citoyen est malmené. Ces dix dernières années, les prix des produits alimentaires ont vertigineusement gonflé, avec des variations excédents les 400% pour certaines marchandises. L’inflation sur un an s’est élevée à 4,2% en février dernier. Elle signera le pic de 4,5% au terme du cycle 2019. A l’évidence, le ministre de tutelle ne parcourt pas, de manière banalisée, les étalages des marchés de proximité. D’abord il se rendrait compte que l’affichage des prix a volé en éclats. Cette particularité ne subsiste qu’en Algérie, comme si l’économie de libre marché, celui de l’offre et de la demande ne l’oblige pas. Un vrai cirque ! Ensuite, Said Djellab découvrira qu’avec un dédain impénétrable, les revendeurs se moquent des mercuriales comme de l’honnêteté en pareille circonstance. Les prix des fruits et légumes dansent la valse à mille temps: la pomme de terre, 45 à 50 dinars au détail, se cède entre 65 et 70 dinars, que l’oignon ne s’achète pas à moins de 80 dinars le kilo, que la courgette flirte avec les 100 dinars, que la salade verte vendue à 80 dinars le kilo deux jours avant le Ramadhan, se fait prier à 100 dinars le kilo. Quant au légume master class de ce mai 2019, la tomate, annoncée par vous dans la fourchette 90 – 110 dinars le kilo tutoie les…. 140 dinars le petit kilo. Enfin, autres défis lancés à la tutelle, les prix des viandes. Ils se trémoussent allègrement aux yeux des petites bourses, narguant totalement les seuils officiels de référence. Aucune chair bovine, fraiche ou congelée, locale ou importée, ne s’écoule à moins de 1200 dinars le kilo. Les services compétents l’ont fixée entre 750 et 800 dinars selon les types, à l’exception de la viande fraiche sous vide haute qualité dont le prix officiel au détail s’élève à 1000 dinars le kilo. Or, sur le terrain, trouver cette viande à moins de 1200 dinars le kilo, relève de l’utopie. Sans parler des viandes rouges d’agneau ou de veau qui se proposent à partir de 2000 dinars le kilo. Avec des sourires de carnassiers. Les autres, ils pimentent leurs assiettes avec la chair blanche de poulet, s’ils arrivent à se le payer. Lui aussi joue à la vedette, en hausse de 5,3%, avec l’œuf qui vient lui aussi de grimper à l’étage avec 10,7% d’augmentation.
Reste à voir si devant l’insouciance des pourfendeurs de cette profession et le dédain des spéculateurs, interviendront des sanctions sévères évoquées par Said Djellab. Les contrôleurs et les associations dont s’est entouré le ministère du commerce cette saison, réussiront-ils à annihiler les vieux réflexes des commerçants vampires qui salissent cette fine proportion d’honnêtes opérateurs ? Si l’on s’inspire des inévitables ratages et faillites des permanences lors des fêtes des deux Aïd, nous restons sceptiques. Les marchands honnêtes, il en existe, mais se raréfient durant le Ramadhan. Leur auteur préféré, c’est Shakespeare, celui-là même qui a accouché de ce savoureux mot: «l’honnêteté, quelle dinde».
Par Fayçal Haffaf