vendredi , 22 juin 2018

La stratégie du tourisme en Algérie::
Se noyer dans un verre d’eau

Parler de stratégie touristique en ces temps de renouvellement des institutions locales parait saugrenue. Pour deux facteurs : d’abord parce que les structures jaillies des urnes aborderont les réalités paysage touristiques dans l’inconnu. En second lieu, les nouveaux capés APW-APC ne prendront certainement pas à bras le corps les dossiers « tourisme », puisque ce secteur rachitique ne s’inscrit même pas dans les préoccupations et les prospectives du plus haut sommet de l’état. Ce département coule des jours paisibles à l’abri de toutes consignes formelles pour l’élever coûte que coûte au rang d’une économe touristique. Qu’on le veuille ou pas, l’impression qui se dégage de cette activité en Algérie est celle du sur place. Aucun des timoniers qui se sont succédé aux manettes de ce qui incarne un supersonique dans les pays à forte dynamique touristique n’aura marqué son passage. Tous ont fait une escale puis s’en vont en léguant le même tableau au suivant. Celui de repartir à zéro.
L’actuel pensionnaire de ce ministère s’est rappelé à son souvenir à la fin de la récente campagne électorale. Usant du prétexte des variations à la mode, Hassen Mermouri fonce dans le tas pour dépoussiérer un dossier usité et qui rebondit de temps à autre au cœur de l’actualité. Il s’agit d’un problème récurent, celui des investissements, des zones d’aménagements touristiques et des pratiques mafieuses à ciel ouvert qui asphyxient les courageux promoteurs qui font semblant de ne pas comprendre la source de cette éternelle mare à crabes. Celle de la corruption qui serpente le long de la chaîne des décideurs locaux, notamment les donneurs d’ordre des agréments et des permis de construire.
Tous les potentiels investisseurs dans le tourisme pataugent pendant de longues années dans ce cercle fermé de l’administration dans laquelle, personne bien sûr n’est responsable. Tous se rejoignent à la case départ. Celle du terrain, du permis de construire et du financement. L’état a beau faciliter les procédures, encourager les initiatives, multiplier les guichets uniques , proposer des recours, l’investissement dans ce secteur conduit à une plongée sauvage dans l’inconscient. A moins que….Et les chiffres sont effarants : sur 1800 projets retenus dans les zones d’investissements appropriées, 938 somnolent sous terre. Une question qui revient de manière cyclique, sur laquelle tous les ministres qui arrivent dans ce département comme ils pénètrent dans un tunnel se brisent l’échine. Cette lancinante problématique, celle de l’évolution dangereuse pour notre économie touristique explique le sur place de ce secteur. Voué à un sempiternel retour à zéro, notre tourisme se résume à une fable philosophique amère, à une sombre allégorie que relèguent aux calendes grecques, les objectifs des « assises nationales et internationales du tourisme », géniteurs du fameux et inédit « Schéma Directeur d’Aménagement Touristique », le SDAT 2030 », né en…. Janvier 2008. Ce plan s’ouvrait sur la possibilité d’enregistrer un flux touristique de 10 millions de visiteurs à l’« Horizon 2025 ». L’Algérie des parcs culturels de l’Ahaggar et du Tassili, des parcs nationaux de Belezma, de Chréa, de Djebel Aissa, du Djurdjura, d’El Kala, de Taza, de Gouraya, de Téniet El Had, de Tlemcen, celle du tourisme thérapeutique, saharien et du circuit incomparable des oasis, des caravanes et des méharis mérite bien mieux que ses statistiques peu flatteurs et surtout pas gratifiants. Le million et demi de visiteurs n’englobe que 80% d’algériens émigrés taxés faussement de touristes. Les recettes induises par cette « industrie » qui porte très mal cette enseigne, n’excèdent pas les 300 millions de dollars. En termes de contributions pour notre économie, cette activité censée depuis longtemps se substituer au pétrole frise le ridicule : 1,4% du PIB.
Et ce n’est surtout pas la tragique décennie 90 qui explique cette situation peu enviable par rapport aux destinations africaine. Le plus grand pays du continent, le dixième au monde en superficie végète dans son statut de dernière roue de la charrette économique, faute de vrais professionnels et de fermeté politique pour catapulter cette activité au rang de priorité des priorités. Nous ne figurons pas dans le top-ten des dix destinations les plus prisées par les opérateurs du voyage ou par les particuliers. Dans la galaxie du tourisme mondial, l’Algérie ne s’extirpe pas de son 1 11ième strapontin, sur les 184 produits classés. Par ce qu’au lieu d’innover dans les stratégies de promotion à travers tous les marchés émetteurs, de valoriser les métiers du tourisme, de développer les technologies du numérique, de nouer des relations contractuelles permanentes avec les professionnels du tourisme à travers les continents, nous nous figeons impassiblement dans les blocages de l’investissement. Ailleurs, ces barrières insoutenables n’existent que superficiellement, rapidement levées conformément au label d’industrie prioritaire conféré au tourisme. Par temps d’opulence, aucun décideur politique n’a par exemple proposé de créer un fond d’investissement pour le secteur, une banque spécifique à ce chapitre, de soutenir des initiatives en direction des produits authentiquement algériens, qui privilégieraient la diversité des terroirs.
Un projet, c’est un terrain et de l’argent. Ce n’est pas aussi simple à traduire dans la réalité. Mais en Algérie, ce théorème s’encrasse dans d’autres paramètres inextricables. « Soutenir les investissements » reste un slogan qui sonne faux, et tout le travail d’un ministre se résume à revenir sans cesse sur ce boulet. Ailleurs, les professionnels et les autorités compétentes ne font que puiser dans les tous nouveaux marchés, tels la Chine désormais immense pourvoyeurs de touristes et les pays sud-américains. Ces opérateurs, qu’ils relèvent du privé ou du public, analysent et dressent mensuellement la courbe des statistiques des flux de visiteurs. Trente millions à Barcelone, 83 millions pour la France dont 30 à Paris, 76 millions pour les USA et l’Espagne, 59 millions visiteurs en Chine 25, 52 pour l’Italie, 35 millions au Mexique, 31 en Thaïlande et en Turquie, 25 millions de touristes au pays des Maharadjas.
Une farandole de chiffres qui donne le tournis. En comparaison, notre destination Algérie se noie dans un verre d’eau.

Par Fayçal Haffaf