lundi , 20 janvier 2020

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SECURITE ROUTIERE… PSYCHANALYSER LES CHAUFFARDS DANGEREUX

Il faudra un jour, tenter une psychanalyse de tous les conducteurs automobiles de l’Algérie. Les glisser sur un invisible divan pour que les médecins spécialistes expertisent cette fêlure originelle qui nous fait croire à tous, que nous Algériens, sommes les meilleurs et les plus adroits pilotes sur les routes. Il faudra un jour, exorciser ce syndrome de supériorité et de superbe derrière nos volants, ces comportements à alimenter les colloques, les campagnes de sensibilisation nargués par les terroristes de la route et les médias. Il faudra un jour, trouver une solution pour éloigner définitivement les hystériques de la vitesse et du mépris du code de la route, ce genre de complexés qui ne s’imaginent que les accidents et la détresse n’arrivent qu’aux autres. Le dernier épisode de ce camion qui a détruit un pont qui enjambait l’autoroute Est-ouest, faisant trois morts et plusieurs blessés nous interpelle. On aura tout vu sur nos axes et nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge.
L’insécurité routière encore et toujours. Cette réalité qui  fait honte au pays, ce dédain des règles élémentaires et mondiales de la conduite automobile qui fait peur aux visiteurs étrangers, impressionnés par l’insolence, l’impolitesse et l’irrespect de la majorité des conducteurs envers le code et surtout envers autrui, d’où qu’il vienne. En Algérie, les pires élèves de la conduite dominent largement la classe des meilleurs.
La disproportion entre ces deux esprits est saisissante. En milieu urbain, ceux qui se prennent pour des gens intelligents, n’en font qu’à leur tête. Les feux rouges et les stops sont obligatoires ? On les brûle parce qu’on est les meilleurs et personne ne pourra nous en empêcher. Seuls les crétins apeurés s’y arrêtent.  Les dépassements en virages et sur les lignes jaunes sont interdits, dangereux et mortels ? Ce slogan vise les connards et les peureux qui ne savent pas maitriser le volant. Nous, rien ne peut nous arriver. Les poids lourds ne doivent en aucun cas emprunter les voies de gauche sur les autoroutes ? Quelle bêtise ? Moi j’ai l’expérience de la route, et je manie mon semi remorque comme une bicyclette dans un vélodrome. Le stationnement au milieu du boulevard pour faire ses emplettes au magasin du coin est strictement aboli ? Moi, j’ai l’habitude. Et puis, les chauffards impatients n’ont qu’à attendre que je revienne.….
Pourtant, ce n’est pas faute aux forces de la Gendarmerie Nationale et de la DGSN d’avoir tout tenté pour endiguer cet affront envers les institutions et la société silencieuse. La mortalité routière n’a jamais connu de répit dans notre pays. Avec une moyenne macabre de 23,8 décès sur 100.000 habitants enregistrés chaque année en Algérie, l’Organisation Mondiale de la Santé nous classe dans le peu reluisant 54ème fauteuil sur les 193 pays recensés. En Afrique, grâce à nos routiers qui se surestiment aux commandes de leurs mastodontes, parce qu’ils se sentent protégés par leur véhicule blindé et aux automobilistes qui se prennent pour des immortels sur les routes, nous occupons le troisième rang des destinations les plus meurtrières sur les routes, après la Lybie et la Mauritanie. La facture engendrée par la gestion des accidents et les soins requis pour les victimes flirte avec les 100 millions d’euros par an. En comparaison, l’Egypte qui donne l’impression d’être anarchique dans la circulation routière, nous donne la leçon. Forte de sa civilisation et de sa culture du respect des institutions et du vis-à-vis, cette nation n’enregistre annuellement que 12,8 décès pour 100.000 habitants. Ce qui lui vaut la 109ème position à l’échelle planétaire des pays les plus dangereux sur les routes.
Ces mauvais chiffres démontrent plus le niveau de la culture des automobilistes algériens et de leur incivisme que l’inefficacité de la politique de sécurité routière. Parce que, indubitablement, le facteur humain demeure la raison première des décès sur les routes. Alors, comment  révolutionner le rapport au comportement sur l’asphalte ? Le problème date de la nuit des temps, mais devient un défi social non atteint, parce que l’Etat a investi des chiffres astronomiques dans la réalisation des voies de communication modernes et des projets structurants en direction du confort des usagers, en vain. Une promesse non tenue. Au firmament de cet effort gigantesque, la violence sur les routes et le je m’en foutisme sur les artères citadines, redoublent de densité. Le changement des comportements et la sagesse au volant ne semblent pas à portée de mains.
Par Fayçal Haffaf