dimanche , 26 janvier 2020

«Tekhti Rassi…» ou «après moi le déluge !»

Une ambiance de morosité, sur fond d’interrogations et d’incertitudes sur l’avenir collectif, semble planer sous le ciel oranais, sans toutefois changer grand chose aux comportements et aux pratiques forgées par des années d’incivisme et d’individualisme sans limites. Sur les plages de la corniche oranaise, rien ou peu de choses a changé en matière de conditions d’accès et de séjour des modestes familles voulant profiter d’une journée de détente en bord de mer. Malgré les fermes instructions des autorités locales adressées aux communes côtières, leur ordonnant de veiller à l’application des mesures de gratuité de l’accès aux plages, bon nombre d’énergumènes n’hésitent toujours pas à installer leur matériel et mobilier pour exploiter un «solarium illicite» occupant une grande parcelle de sable. Certains de ces «opérateurs» délivrent même des tickets indiquant un numéro et un tarif… Des tickets qui n’ont rien de réglementaire mais qui servent surtout à berner les citoyens les moins informés. Il est clair qu’en l’absence de contrôle et de sévères sanctions contre ces pratiques qui s’inscrivent en «délit d’occupation illégale de l’espace public», la porte reste toujours ouverte aux squatteurs érigés en plagistes auto-proclamés, au nom d’on ne sait quel genre de légitimité. Pourquoi cette absence de contrôle et ce laxisme affiché notamment par les responsables de la Daira et des élus communaux concernés ? Selon des membres d’une association locale pour la protection du littoral marin, «ce mépris et ces infractions à la réglementation ne pouvaient connaitre une telle ampleur sans le silence ou la complicité passive de certains acteurs concernés installés aux rouages de l’administration». «A Ain El Turk, ajoute-t-il, il n’y avait jusqu’à maintenant, personne en mesure de contrôler ou de faire appliquer la Loi et les instructions du wali… et je ne pense pas, poursuit-il, que l’installation annoncée d’un administrateur de plage spécialisé, permettra un grand et rapide changement dans la prise en charge des espaces côtiers en matière d’hygiène, de conditions de séjour, et de sécurité…». Il est vrai qu’il s’agit aussi d’un problème d’éducation, de culture et d’esprit citoyen permettant le respect des règles du vivre ensemble sur un même espace collectif. L’occupation et l’obstruction d’un accès à la plage, la prolifération des baraques de commerce sauvages, les bidonvilles et construction illicites et bien d’autres fléaux propres à cette zone du littoral connue pour ses «offres» festives et «récréatives», ont fini par amplifier le doute et le pessimisme sur d’éventuels changements radicaux et positifs. Dans la daïra d’Ain El Turk, toutes les communes côtières concernées ont connu ces dernières années des failles et des dérives dans les affaires de gestion locales ayant le plus souvent conduit les maires devant les tribunaux. Comment croire à la rupture avec ces pratiques et au progrès dans la prise en charge des missions municipales quand on sait que les Mairies restent embourbées dans le marasme, les guerres de clan et l’anarchie chronique. D’autant plus qu’un grand nombre d’acteurs sociaux concernés, souvent intègres et compétents, désertent la scène en disant «Tekhti Rassi..», traduire: «après moi le déluge !»

Par S.Benali