jeudi , 16 août 2018

RENOUVELLEMENT DES INSTANCES DE LA CCIO:
UN APPORT SCENARISTIQUE PEU RELUISANT

Un ratage totalement inattendu. Celui servi par la direction de la Chambre de Commence et d’Industrie d’Oran le 26 mai dernier à l’occasion du renouvellement de ses structures, pourrait prétendre au Guinness Book des meilleures pagailles en matière d’organisation d’un scrutin, toutes thématiques confondues. Le statut de seconde ville du pays n’a manifestement pas influé sur les organisateurs de ces élections. La Direction du Commerce et des Prix ainsi que l’administrateur de la Chambre, totalement figé par la pression et l’inexpérience, ont accouché d’une purée de pois indigeste ce samedi 26 mai dans le siège monumental d’une institution qui ne méritait pas d’être entachée par la cohue indescriptible qui faisait office d’élections, pourtant jusque là n’ayant jamais débordé du contexte.
Dans sa version 2018, cette opération aura marqué les esprits par ses péripéties tragiquement drôles, conséquence logique des défaillances en boucles de l’organisation. Celle-ci s’est révélée tellement bâclée et grossièrement conduite qu’elle a d’emblée suscité le mécontentement général. Le plus méfiant et le plus pessimiste des acteurs économiques concernés par ce scrutin ne s’attendaient pas à pareil sabordage. N’importe quel administrateur avisé, aguerri ou visionnaire aurait géré cette opération avec minutie et cohérence. Que s’est-il exactement passé pour que l’unanimité autour de l’organisation de cet événement fasse le tour de la région ?
En faisant abstraction des trois candidats connus respectés et appréciés sur la place d’Oran, et compte tenu du nombre important, de la qualité des votants, des enjeux et de la pression de ce scrutin, la première disposition qu’auraient dû prendre les organisateurs était de domicilier cette compétition dans un cadre autrement plus vaste, mieux adapté et surtout bien équipé. Ceci, pour conférer à cette journée un cachet plus aéré et plus festif. Mais par manque d’anticipation et d’idées de la part des organisateurs, les 3732 électeurs qui se sont enchaînés dans les couloirs ont vécu des scènes abominables dans l’enceinte cossue de la Chambre,
Premier couac : la mise en place de l’administration compétente chargée de ces élections prévue à 8h30 ne s’est effectuée qu’au-delà de 10h00, faute de personnels arrivés tardivement. A l’opposé, les 3 candidats se sont pointés à 9h, et certains flanqués de leur service d’ordre et de videurs, alors que l’organisation de ces élections n’incombait qu’à la Direction du Commerce et des Prix de la willaya d’Oran. Quatre isoloirs de fortune s’offraient aux 3732 votants annoncés. Quatre épaves ridicules qui rendaient l’atmosphère triste et austère. Cet étalage de médiocrité projetait directement l’assistance dans une sensation de gêne : il ne fallait pas sortir de Harvard pour comprendre que ce décor là pouvait virer en terrain d’invectives, d’injures et d’affrontements. D’ailleurs, des belligérants en sont venus aux mains. Un moment de panique qui, soudain, rappela à l’assistance qu’aucun service d’ordre n’avait été prévu pour la circonstance. L’administration ne l’a certainement pas fait exprès, sachant que les profils et le standing des électeurs évacuent tout recours à un cordon de sécurité. Cependant, à bien y regarder, aucun effort n’a été consenti pour préserver ce scrutin de tous débordements et en faire un plaisir, un espace sympathique de communion et de partage entre chefs d’entreprises, commerçants, délégués d’entreprises et divers personnalités de l’univers économique oranais.
Mieux, et c’est la seconde désillusion : le vote a débuté à 11h00. Avec d’emblée une chaîne tortueuse colorée par une débandade indescriptible. Aucune fluidité ni discrétion. Dans chacun des 4 bureaux de vote, 2 ou 3 personnes étaient censées surveiller les opérations. Ce qui n’empêchait pas de nombreux culottés de pénétrer dans l’isoloir avec le nombre d’enveloppes et de bulletins voulus. Plus grave encore, durant le vote et à moins de connaitre les gens, impossible de distinguer dans cette cohue entre les candidats, les électeurs, les visiteurs, les videurs et le personnel d’encadrement. L’administration n’avait pas doté de badges ses opérationnels dans cet événement. Et là, ce n’était pas la faute aux électeurs.
Troisième point noir de cette comi-tragédie, la lancinante symphonie des électeurs venus s’exprimer pour l’un des trois groupes concurrents mais qui, après 3 à 4 heures de chaîne, ne trouvaient pas leur nom sur les listes. Un constat flagrant de défaillance, mais que personne sur place, ne pouvait plaider. C’était le top de l’incurie. D’autres votants, après 4 heures de queue ont levé le drapeau blanc et ont cédé le terrain à cette médiocrité. Un recteur d’université avait patienté plus de 4 heures avant de s’incliner devant cette spectaculaire désorganisation. Devant ce tourbillon de désordre, des Directeurs Généraux d’entreprises nationales, des cadres supérieurs mandatés par leur société du service public, des hommes d’affaires prestigieux, des pointures de l’économie algérienne activant dans la willaya d’Oran se sont résolus à abandonner. Parce que devant les prémices d’affrontements entre les accompagnateurs des trois camps en lice, l’administration décidait de suspendre le vote. Il était 16h00. C’était la première fois dans l’histoire des élections en Algérie, qu’un scrutin s’est vu suspendu, le temps accordé aux trois parties en lice pour s’accorder sur une conduite à suivre. Aucun consensus n’ayant abouti, la DCP d’Oran, l’administrateur de la Chambre ainsi que l’huissier agréé qui aura supervisé toute l’opération et ses méandres décidèrent donc de reprendre le vote. Il avait effectivement repris son cours après la rupture du jeûne, dans un climat aussi délétère que celui qui aura dominé toute la journée du 26 mai.
L’histoire retiendra que dans ce puzzle, l’opération a failli tourner cours en raison d’une légèreté de l’organisation perçue d’emblée. Un déroulé scénaristique à effacer de notre imaginaire.

Par Fayçal Haffaf