jeudi , 12 décembre 2019

Un grand douar en pleine extension…

La semaine dernière, plusieurs médias ont repris un article de l’APS faisant l’éloge et applaudissant le «retour en force» des graines d’argousier sur les marchés oranais. Cet arbrisseau sauvage et épineux, très répandu dans les régions de Saida et de Mascara, est depuis très longtemps connu pour ses petits «fruits» à peau rugueuse qui n’ont, à l’époque, jamais pu séduire les consommateurs ni encore moins les marchés. Dans les régions de Mascara et de Mostaganem, l’expression «Roh et nabeg»- «va cueillir des Nbeg», était d’ailleurs entourée d’une connotation péjorative à l’adresse de certains énergumènes que l’on voulait éloigner de son entourage en raison de leurs vilains défauts. Des défauts qui, aujourd’hui, ont pris une toute autre ampleur politique et sociale et qui se résument généralement dans les vocables d’escrocs, d’opportunistes, de prédateurs et de parasites corrompus et corrupteurs qui gangrènent la société. Faut-il donc croire que le retour du «Nbeg» sur les marchés oranais serait un signe confirmant l’élan de régression sociale qui perdure depuis des années ? Les mauvaises langues locales, attablées autour de leur thé, semblent persuadées que l’argousier, un arbuste sauvage presque oublié, revient au quotidien des Oranais pour tenter de «remplacer la fraise, la cerise ou même la figue de barbarie ou le jujubier». Une sorte de «symbole de cette hallucinante fatalité qui frappe la ville d’Oran depuis des années. Le retour au «Nbeg», expliquent-ils, n’est que le reflet du vaste mouvement de recul des valeurs et des normes de progrès et de modernité que l’on constate dans tous les secteurs de fonctionnement de la vie collective. Ceux qui, par ignorance ou par calcul, tentent de glorifier le retour à des pratiques ataviques d’un autre âge, ne font qu’aggraver la décadence et le règne de la prédation. Le «Nbeg» n’a jamais été inscrit au registre officiel des ressources forestières du pays. Sans valeur nutritive ou culinaire notoire, il commence pourtant à être récolté et vendu, non pas dans les villages, mais au cœur de la grande ville d’Oran. Une ville qui n’a jamais autant mérité son qualificatif de Douar en pleine extension…

Par S.Benali