vendredi , 23 août 2019

Un lieu «sans âme et sans recours…» ?

Il y a prés d’un siècle, dans son recueil «L’été», Albert Camus écrivait : «Pour fuir la poésie et retrouver la paix des pierres, il faut d’autres déserts, d’autres lieux sans âme et sans recours. Oran est l’un de ceux-là». Cette sentence du célèbre romancier, abusive pour certains, encore d’actualité pour bien d’autres, peut en effet encore convenir à la Cité oranaise qui lutte depuis des décennies pour faire revivre son cadre urbain et son patrimoine architectural souvent meurtri par les blessures du temps et le laxisme des hommes.
Illustrant cette fatalité, le splendide siège de l’Hôtel de Ville vit depuis quelques années une bien triste parenthèse dans son historique parcours urbain. Mais à défaut d’être pris en charge et entretenu dans les délais et les normes requises, ce véritable joyau architectural construit en 1886, avec sa rampe d’escaliers en marbre rare, ses deux lions en bronze gardant l’entrée, ses mosaïques, sa verrière à l’entrée principale, sa toiture en ardoise et ses cimaises d’œuvres d’arts, est toujours fermé, presque oublié, car installé au cœur d’un projet de maintenance et de «réhabilitation» qui tarde à s’achever.
On se souvient que les premières alertes sur l’état de dégradation de l’édifice au début des années 2 000, avaient fini par forger au sein de l’opinion l’idée que «tout le siège de la mairie des deux lions allait s’effondrer». Il est vrai, que plusieurs fresques ornant les sols, les plafonds et les murs, étaient dans un état de dégradation avancée, risquant de disparaître à jamais. Sans parler de l’étanchéité des toitures détériorées, de la fragilisation de quelques murs par l’humidité, des réseaux d’évacuation des eaux, et de bien d’autres problèmes nécessitant des opérations de maintenance indispensables à n’importe quel grand monument ancien. Mais ce n’est qu’une décennie plus tard, en 2011, que des études, confiées à un bureau étranger, ont été commandées pour un projet de restauration de l’édifice. Les travaux furent une première fois confiés à une entreprise italienne, pour la coquette somme de 60 milliards de centimes, mais allaient au bout de deux ans s’arrêter suite à un «litige» administratif et financier porté en arbitrage au tribunal.
Entre temps, le personnel du siège de l’APC a été évacué et le Maire et son Cabinet furent contraints d’occuper les locaux d’un centre culturel qui venait d’être achevé. Le chantier, repris plus tard par un opérateur algérien, ne cessera pas de cumuler les retards, et les interrogations sans réponse, alimentant les rumeurs et les critiques des «mauvaises langues» locales.
Parallèlement, l’ancien projet de reconversion de la tour du Château Neuf en siège administratif de l’APC d’Oran, a connu lui aussi des incertitudes et des reports répétés. Au final, la capitale de l’Ouest qui aspire au statut de grande métropole moderne, ne dispose même pas de siège municipal devant abriter officiellement et efficacement les structures de la Mairie.

Par S.Benali