dimanche , 16 juin 2019
<span style='text-decoration: underline;'>Bourse d’Alger</span>:<br><span style='color:red;'>Vers l’introduction d’une dizaine d’entreprises privées</span>
Bourse d'Alger © D.R

Bourse d’Alger:
Vers l’introduction d’une dizaine d’entreprises privées

Depuis plusieurs années, les entreprises algériennes ont affiché de la réticence et peu d’engouement pour adhérer à la bourse d’Alger, alors que le pays dispose d’un tissu de PME non-négligeable et un important potentiel économique.

L’abstention des entreprises algériennes est due à plusieurs raisons et les sociétés cotées en Bourse d’Alger se comptent sur les doigts d’une seule main. Ainsi, depuis sa création en 1997, la Bourse d’Alger peine à attirer les investisseurs et le décollage attendu n’a pas encore eu lieu.
Toutefois, depuis le début de l’année en cours, l’engouement pour adhérer à la bourse a été affiché par quelques entreprises privées exerçant dans divers domaines d’activités. Il s’agit de neufs PME dont une grande entreprise, à savoir «ALMAG», qui est spécialisée dans la production de la margarine et ses dérivés.
Ce chiffre a été donné par le président de la Commission de surveillance en opérations de Bourse(COSOB), Abdelhakim Berrah, lors d’un entretien accordé hier à l’agence APS. Il s’agit de la société «S-five», activant dans le traitement des eaux usées, «Nopal Algérie» (cosmétiques), «UFMATP» (matériel de travaux publics), «ALG» (agroalimentaire) et «Casbah» (vinaigrerie). Les dossiers de quatre autres sociétés sont encore «au stade de maturation».
M. Berrah a affirmé que ces entreprises ont voulu suivre l’exemple de la première PME «AOM Invest», entrée en Bourse, en décembre 2018.
Le responsable a révélé un problème de taille pour ces PME, d’ordre financier. Il a déploré que ces PME qui disposent d’une comptabilité conforme, souffrent d’une incapacité, de par leur petite taille, à répondre aux besoins du marché, ainsi que d’un manque de financement.
M. Berrah s’exprimait par ailleurs sur l’impératif des entreprises publiques à donner l’exemple pour que celles qui exercent dans le secteur privé y adhèrent. Il a fait savoir que sur quelque 3 millions de sociétés actives en Algérie dont 700.000 PME, la Bourse d’Alger, après plus de 20 ans d’existence, ne compte que six entreprises: Saidal, El Aurassi (publiques), Alliance Assurances, NCA Rouiba, Biopharm et AOM Invest (privées), avec une capitalisation boursière autour de 45 milliards de DA seulement. Même si les origines de ce désintérêt sont diverses, M. Berrah estime que «l’absence de grandes entreprises publiques de ce marché en constitue l’origine principale».
 A trois reprises, l’Etat a fixé des listes d’entreprises publiques à introduire en Bourse. Et à chaque fois, «du fait de l’embellie financière, pour changement de cap ou pour d’autres considérations, l’Etat faisait marche arrière», a-t-il regretté. Sur les facteurs ayant conduit à «l’échec» de la démarche d’introduction des entreprises publiques en bourse, M. Berrah évoque, outre les surliquidités financières enregistrées ces dernières années, l’option du partenariat public-privé, annoncée avant d’être abandonnée à son tour. «Peut-être aussi que les gestionnaires publics n’ont pas bien compris le rôle de la Bourse», a estimé le président de la COSOB.
La capitalisation boursière ne représente que 0,2% du PIB
Dans ce cadre, le responsable a indiqué que la capitalisation boursière ne représente que 0,2% du PIB, ce qui représente un ratio «très faible» par rapport au potentiel économique du pays. Donnant plus de détails chiffrés, M. Berrah a indiqué que la capitalisation boursière en Algérie, c’est-à-dire la valorisation, au prix du marché, des actions en circulation des six sociétés cotées en Bourse d’Alger, est actuellement estimée à 44,888 mds de DA, contre 43,935 mds de DA à la fin 2018 et 40,587 mds de DA en 2017 (+8,25%).
Le responsable a expliqué que cette amélioration a été le fruit du rétablissement progressif du marché principal (celui des grandes entreprises), qui a gagné près de 3 mds de DA, en plus de l’admission de la société «AOM Invest» au compartiment des PME avec une contribution de 347,79 millions de DA à la capitalisation boursière.
Pour ce qui est de sa contribution au PIB, elle est très faible. « Sur un PIB d’environ 20.355 mds de DA en 2018, la capitalisation boursière ne dépasse pas les 0,22%. Ce niveau de capitalisation ne reflète pas la taille de l’économie algérienne. Il faut au moins arriver à un ratio équivalant à 10% du PIB pour assurer une bonne participation de la Bourse à l’économie», a déploré le responsable.
Pour y remédier, M. Berrah a indiqué qu’il faut au moins une vingtaine d’entreprises cotées pour avoir un marché dynamique et des actions liquides.
Ajoutant que «Pour ce qui est des 27 lignes d’obligations assimilées du Trésor (OAT) cotées, leur encours global s’élève actuellement à 456,316 mds de DA, contre 444,45 mds de Da (+8,16% par rapport à 2017). Le montant d’OAT émises en 2018 a été de 40,552 mds de DA. Quant au marché obligataire, il n’a connu aucune nouvelle introduction en 2018».
M. Berrah a rappelé que la dernière émission d’emprunts obligataires cotés remonte à 2009. «Sur le marché obligataire institutionnel, où cinq emprunts sont en circulation (émis par le FNI, MLA, la SNL et la SRH), l’encours global des obligations en circulation s’élève actuellement à 166,8 mds de DA, contre à 168,2 mds de DA en 2018 (+2,3%)».
S’agissant des conséquences du financement non conventionnel sur la Bourse d’Alger M. Berrah a indiqué que celui-ci n’a eu aucun effet sur le marché boursier, s’interrogeant «si ce financement n’avait pas eu lieu et si les banques étaient, par conséquent, contraintes à réduire leurs financements, est-ce que les entreprises seraient-elles venues en Bourse?».
Interrogé sur les conséquences du mouvement populaire sur le comportement des entreprises, il a répondu : «Cette conjoncture aura un effet positif en matière de respect de la transparence».
Pour M. Berrah, le mouvement populaire plaide pour plus de transparence en général, dont la transparence dans les marchés publics, les appels d’offres, la gestion des entreprises, l’octroi de privilèges et de terrains. Ce regain de transparence ne peut être, une fois concrétisé, que positif pour la Bourse.
Alger: Samir Hamiche